1.3.2 - Les pays en développement ont plus souvent utilisé des politiques protectionnistes ou alors tenté un développement basé sur l'exportation de matières premières, politiques dont le bilan est très mitigé !
- Page mise à jour le : 13-01-2009
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- Le constat : depuis 1948, on observe que certains pays en développement ont vu leur part dans les exportations mondiales s'accroître significativement (les pays asiatiques, essentiellement, mais aussi les pays pétroliers à cause de la hausse du prix du pétrole) alors que d'autres pays voient au contraire leur part diminuer sensiblement : par exemple, alors que les exportations des pays africains représentaient 7,3% des exportations mondiales en 1948, elles n'en représentent plus que 2,9% en 2005).
- Comment expliquer ce constat ? Tout d'abord, par le choix de stratégies différentes. Certains pays, comme de nombreux pays d'Amérique latine dans les années 1960, ont choisi une stratégie protectionniste et un développement axé sur le marché intérieur. Mais cette stratégie a buté sur la taille des marchés intérieurs, insuffisante pour rentabiliser la production. Dès lors, la croissance a été relativement faible. Inversement, de nombreux pays asiatiques ont choisi l'insertion dans le commerce international. Cette stratégie d'ouverture internationale semble avoir été plus efficace : en effet, les pays les plus ouverts, c'est-à -dire les plus intégrés au commerce mondial, sont aussi ceux qui ont eu la croissance la plus rapide (4.6% par an en moyenne contre 1.2% seulement pour les pays moins ouverts sur la période 1960-1973 , par exemple) .
Ceci étant dit, qu'en est-il des pays ayant voulu s'insérer dans le commerce international en utilisant comme avantage spécifique la présence de matières premières sur leur sol ?
- Le choix d'une politique d'insertion par exportation de matières premières.
Par cette politique, le pays se spécialise dans la production de un ou quelques produits primaires pour lesquels il est bien doté, soit sur le plan des ressources naturelles (matières premières), soit sur le plan du climat, les produits étant relativement peu (voire pas du tout) transformés avant d'être exportés. Ainsi le Burkina-Faso exporte-t-il massivement des haricots verts, souvent très fins (donc chers), vers les marchés des pays européens pendant l'hiver. Ces exportations vont générer des revenus, liés en particulier aux emplois créés, dont on espère qu'ils seront utilisés de manière à contribuer au développement économique du pays en favorisant l'accroissement de la demande. De plus, le développement de ces activités suppose la réalisation d'investissements qui constituent aussi un élément de la demande et favorisent a priori la croissance.
Pour autant, ce type de politique d'insertion internationale a-t-il été efficace ? Ne peut-on pas parler d'échec des politiques de développement lors qu'elles sont fondées sur l'exportation de matières premières ? En effet, ce type de politique ne contribue pas forcément à développer le marché intérieur : on produit bien des haricots verts, si on garde notre exemple, mais ce n'est pas pour nourrir la population du pays. Et la plupart du temps, c'est la bourgeoisie locale, liée à l'étranger, qui utilise les montants issus des exportations pour satisfaire ses besoins, lesquels sont souvent satisfaits par des produits importés. Et les revenus distribués à l'occasion de la production des haricots verts ne servent pas réellement à constituer un marché intérieur, tout simplement parce que la production supplémentaire n'est pas mise en vente sur le marché intérieur. Il n'y a donc pas de production supplémentaire à acheter avec ces suppléments de revenu, il faut donc importer pour répondre à la demande. Pire même : ces productions vont utiliser des surfaces cultivables, en général les meilleures, qui ne pourront plus l'être pour les cultures vivrières, ce qui peut même contribuer à diminuer les quantités mises sur le marché local. On peut tenir le même raisonnement aujourd'hui pour les surfaces consacrées à la fabrication de bio-carburants.
En outre, faire reposer le développement du pays sur les produits primaires pose un problème lié aux caractéristiques des prix des produits primaires. Ces prix ont deux caractéristiques principales : d'une part, ils sont extrêmement fluctuants dans le temps, c'est à dire qu'ils peuvent monter ou baisser très rapidement, beaucoup plus que les prix des produits manufacturés ; d'autre part, sur le long terme, comparativement au prix des produits manufacturés, leur pouvoir d'achat a en général diminué : cela signifie qu'avec la même quantité d'un produit primaire, on achète de moins en moins de produits transformés. C'est ce que l'on mesure grâce aux termes de l'échange [pour une définition des termes de l'échange, voir le " à savoir avant de commencer "]. Or, ces termes de l'échange, pour les pays en développement, ont été très instables et plutôt orientés à la baisse (sauf pour les pays exportateurs de pétrole) ce qui ne permet pas de favoriser une croissance durable. (voir pour en savoir plus n°5)
- L'endettement croissant des pays ayant choisi cette stratégie de développement et les politiques d'ajustement structurel qui leur ont été imposées par les organisations internationales.
Les pays en développement se sont beaucoup endettés dans les années 1970 car, à cette période, les prix des produits primaires étaient relativement élevés ce qui permettait d'envisager le remboursement. Mais cela n'a pas duré et, à partir du moment où la dette ne peut pas être remboursée dans les délais prévus (à cause de la baisse des prix), on assiste en général à une course sans fin : les pays empruntent de quoi payer la charge de la dette (la charge de la dette, c'est ce qu'il faut payer chaque année, c'est-à -dire le montant des intérêts annuels et la fraction remboursable du capital emprunté), ce qui accroît évidemment la charge future de remboursement, d'autant que les taux d'intérêt consentis par les banques internationales sont élevés compte tenu du risque encouru par les créanciers. On s'engage alors dans une spirale sans fin, qui ne peut que mal finir : les pays finissent par ne plus trouver de banques qui acceptent de leur prêter de l'argent ou ils déclarent ne plus pouvoir rembourser leurs dettes. Dans les deux cas, les conséquences pour le pays en développement sont graves puisqu'il n'arrive plus à trouver les capitaux nécessaires à son développement et qu'il doit chaque année se saigner (c'est-à -dire prélever sur ses ressources) pour essayer de rembourser sa dette. Mais les conséquences peuvent être graves aussi pour les pays développés car une banque qui a beaucoup prêté à un pays en développement peut se retrouver en grande difficulté si le pays ne rembourse pas. Ce scénario s'est effectivement déroulé dans certains pays latino-américains, comme le Mexique ou le Brésil, ou des pays africains. Les risques encourus étant très graves (pas seulement pour les pays endettés), les organismes internationaux sont intervenus dans cette crise et ils ont imposé aux pays en développement lourdement endettés une politique visant à l'assainissement économique. Ce sont ce que l'on appelle les plans d'ajustement structurel.
Les plans d'ajustement structurel sont des plans construits et imposés par les organisations internationales et visant à remettre de l'ordre dans les déficits publics et commerciaux en échange d'un refinancement de la dette (c'est-à -dire de prêts nouveaux et/ou d'un rééchelonnement de la dette). Pour lutter contre le déficit public, le FMI ou la Banque mondiale imposent une réduction des dépenses publiques. Pour lutter contre le déficit commercial, ils imposent l'ouverture des frontières (pour rétablir la concurrence sur le marché intérieur) et une réduction de la demande intérieure (l'excédent de production amené par cette réduction du marché intérieur peut être exporté, ce qui réduit le déficit commercial, surtout si cela s'accompagne d'une réduction simultanée des importations). Enfin, le pays doit mener une lutte sévère contre l'inflation : diminution du déficit budgétaire, gel des salaires (ce qui contribue à la réduction de la demande intérieure) et hausse des taux d'intérêt. Résultat : dans tous les pays concernés par un plan d'ajustement structurel, on observe une chute du pouvoir d'achat de la population et une récession très sévère, donc la montée du chômage. Dans des pays souvent déjà très pauvres, ces plans ont évidemment des effets sociaux (et parfois politiques) désastreux.
Conclusion : sauf le cas particulier des pays exportateurs de pétrole (cette spécialisation étant pertinente étant donné les besoins énergétiques de l'ensemble des pays du monde), on ne peut pas dire que les politiques fondées sur l'exportation de produits primaires aient eu des effets positifs sur la croissance et le développement des pays qui les ont mises en œuvre. Leur échec a amené ces pays à devoir s'ouvrir davantage au commerce international, dans un contexte restrictif marqué imposé par le FMI et la Banque mondiale.