1.2.2 - La politique commerciale stratégique : un protectionnisme limité à certains secteurs peut être favorable à la croissance économique nationale.
- Page mise à jour le : 13-01-2009
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Mais certains soutiennent aussi l'idée que le protectionnisme peut avoir une certaine efficacité sur le plan de la croissance économique. Ainsi, ceux qui défendent les politiques commerciales stratégiques recommandent l'intervention de l'Etat dans le but d'assurer une meilleure croissance économique.
- Qu'appelle-t-on politique commerciale stratégique ?
Il s'agit d'un ensemble de mesures prises par un Etat pour développer certaines activités jugées stratégiques, c'est-à -dire permettant de gagner davantage à l'échange international. Ces mesures sont évidemment protectionnistes car elles visent à défendre des entreprises nationales, à leur donner un avantage dans l'échange international face aux concurrents étrangers. Il peut s'agir de subventions, de financement de la recherche-développement, de commandes publiques préférentielles, de restrictions quantitatives sur les importations, etc.
- Pourquoi certaines activités sont-elles "stratégiques" ?
Il faut rappeler que, au niveau international comme au niveau national, la concurrence est rarement parfaite ce qui débouche sur un décalage possible entre le prix du produit sur le marché et son coût de production : avec certaines aides, des entreprises peuvent avoir des coûts nettement plus bas que le prix du marché, ce qui rend évidemment l'échange très avantageux. D'où l'idée, pour l'Etat, d'essayer de développer ce type d'entreprise.
Quelles branches sont concernées ? Il s'agit de celles où les économies d'échelle sont très importantes (plus les quantités produites augmentent, plus le coût unitaire de production diminue) du fait de l'importance des coûts fixes, où le ticket d'entrée dans la branche est très élevé (ce qui décourage la concurrence) toujours du fait des coûts fixes et où les effets d'apprentissage sont importants (plus on produit, plus on apprend et mieux on sait faire, ce qui fait gagner en coûts par rapport aux concurrents moins expérimentés).
Ce soutien aux activités stratégiques s'ajoute souvent aujourd'hui à un choix fait autrefois largement au nom de " l'intérêt national " : on estimait que certaines activités étaient tellement importantes pour la vie économique du pays qu'on ne pouvait pas courir le risque de les laisser tomber dans des mains étrangères (c'est l'argument utilisé pour nationaliser la production d'électricité en 1945 ou pour la production d'énergie nucléaire), d'où en France par exemple, les nationalisations ; d'autre part, on peut vouloir éviter, pour des raisons sociales en particulier, la disparition de certaines entreprises nationales sous la pression de la concurrence internationale.
- Un exemple pour mieux comprendre : l'industrie aéronautique.
Face au premier constructeur mondial, l'américain Boeing, dans les années 1970-1980, il n'y avait pas de rival en Europe. Certains pays européens ont créé un consortium (entreprise commune, au sein de laquelle on répartit la production entre les pays) et l'ont soutenu de manières diverses pour finalement parvenir à développer Airbus. L'aéronautique est une branche dans laquelle l'entrée est très coûteuse (les équipements sont très spécialisés, la R&D doit être très poussée, le réseau clients est très difficile à constituer). Les effets d'apprentissage et les économies d'échelle y sont très importants. Une fois installé dans la branche, on peut y réaliser de gros profits, mais il faut parvenir à s'y installer. C'est l'objet de la politique commerciale stratégique. Les Etats européens ont largement subventionné Airbus, en particulier sur le plan de la R&D, mais aussi sur le plan des implantations. Airbus n'aurait jamais pu se développer sans ce soutien qui a permis de développer une industrie aéronautique, donc d'augmenter la production réalisée sur le territoire européen.
- Les limites de ce raisonnement
Ce type de protectionnisme est critiqué par un certain nombre d'économistes. D'abord, on peut craindre les représailles : si un Etat avantage certaines entreprises, on peut penser que les autres Etats vont très mal prendre la chose et essayer de faire la même chose ou de pénaliser sur leur territoire les entreprises avantagées par leur pays. Ensuite, on peut soutenir que les Etats ne sont pas toujours capables d'une part de repérer les branches " stratégiques ", et d'autre part de concevoir des mesures protectionnistes efficaces et sans effet pervers. C'est la position de l'économiste américain Paul Krugman, en particulier, qui défend le libre-échange alors même qu'il est tout à fait d'accord sur ses imperfections.