3.3.3 - ...Et les Etats essaient de se regrouper pour peser sur la mondialisation.
- Page mise à jour le : 13-01-2009
-
Puisque les Etats nationaux sont, du fait de leur taille et de leurs caractéristiques, impuissants à réguler la mondialisation, l'idée vient tout naturellement de coordonner, voire de regrouper, les Etats pour définir ensemble les normes juridiques, sociales, environnementales, et les moyens de les faire respecter. Deux voies différentes ont été suivies pour mettre en oeuvre cette stratégie, mais avec des difficultés certaines, pour l'heure encore non surmontées.
- Les institutions internationales : la première voie a été de créer des institutions internationales, dont sont membres les Etats, et qui se chargent de définir des règles applicables en matière économique et sociale dans le monde entier. L'ONU a été le cadre naturel de création de ces institutions avec, par exemple, le BIT (Bureau international du travail, qui rassemble Etats, employeurs et salariés " pour promouvoir le travail décent à travers le monde ") ou le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement, qui essaie de promouvoir les politiques de développement humain et de lutte contre la pauvreté).
Plus importante, peut-être, l'OMC (Organisation mondiale du commerce) est cette fois une organisation indépendante de l'ONU, chargée de la régulation du commerce international. Elle est d'abord un cadre où les Etats membres négocient pour se fixer des règles relatives aux échanges commerciaux internationaux, c'est-à -dire qu'ils définissent les règles de la concurrence au niveau mondial. Elle est aussi un organisme de règlement des différends commerciaux (c'est-à -dire des conflits commerciaux) entre les Etats, une instance qui est censée arbitrer entre deux Etats membres quand l'un accuse l'autre de pratiques protectionnistes ou de concurrence déloyale. En pratique, les accords de l'OMC sont essentiellement des accords de libre-échange, visant à bannir ou encadrer les pratiques protectionnistes des Etats, ce qui conduit certains à n'y voir qu'une institution favorisant l'approfondissement de la mondialisation plutôt que sa régulation. En réaction, l'OMC essaie d'intégrer dans ses négociations des préoccupations environnementales ou sociales, mais les progrès en la matière sont minces, pour ne pas dire inexistants.
La difficulté de ces institutions internationales est d'abord qu'elles rassemblent des pays trop divers, aux intérêts parfois divergents, pour s'entendre sur autre chose qu'un minimum de règles sans grande portée réelle. De plus, elles rassemblent en leur sein des pays qui sont par ailleurs en rivalité, voire en conflit, et qui ne sont donc pas enclins à se faire confiance ou à être solidaires, même sur les questions sociales ou environnementales. Enfin, ces institutions prennent généralement leurs décisions à l'unanimité, ce qui, compte tenu du nombre d'Etats membres, les condamne pratiquement à l'immobilisme.
- Les unions régionales : pour contourner les difficultés rencontrées par les institutions internationales, certains Etats ont décidé de se regrouper en unions régionales, comme, par exemple, l'Union Européenne, le Mercosur (Mercado Comùn del Sur) qui regroupe l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay, le Paraguay et le Venezuela, ou encore l'APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) qui regroupe les Etats-Unis, la Russie, l'Australie, la Chine, le Japon, mais aussi les pays d'Extrême-Orient, le Mexique et le Canada.
L'idée de ces unions régionales est qu'il sera plus facile d'harmoniser les politiques et les objectifs de pays qui sont proches géographiquement, historiquement ou politiquement. Derrière ces unions régionales, il peut aussi y avoir l'esquisse d'un véritable Etat supranational, comme dans le cas de l'Union Européenne, l'union économique pouvant déboucher sur une union politique (nous étudierons le cas de l'Union européenne de façon plus approfondie dans le chapitre suivant). La logique est aussi de faire émerger, par le regroupement des Etats, des acteurs très puissants qui pourront peser dans les négociations avec les entreprises transnationales ou avec les autres Etats (l'Union européenne, par exemple, n'envoie aux négociations de l'OMC qu'un seul représentant pour ses 27 pays membres).
Les unions régionales ont débouché effectivement sur une coopération sensiblement plus poussée que les institutions internationales, mais on est encore très loin, dans un cas comme dans l'autre, d'une véritable régulation de la mondialisation. Pourquoi ? Là encore, même si les pays membres de ces unions sont a priori plus homogènes, les différences de tradition politique et les divergences d'intérêts subsistent et freinent l'harmonisation des politiques. Par ailleurs, la perspective d'une perte de souveraineté des Etats nationaux n'est pas forcément acceptée par les Etats membres et leurs citoyens, d'autant que ces unions régionales ne sont pas porteuses de projets suffisamment consensuels et que leur procédure de décision ne sont pas toujours perçues comme démocratiques et transparentes. Même si une régulation mondiale des échanges économiques semble nécessaire et est souvent réclamée, on voit qu'elle est encore loin d'être effectivement mise en place.