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Banque de Ressources Interactives
en Sciences Economiques et Sociales
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Le toyotisme était d'abord un moyen de répondre aux problèmes rencontrés par le fordisme. Comment cette organisation du travail a-t-elle contribué à la croissance ?
Taiichi Ono, le "concepteur" du toyotisme, avait compris avant les autres que, pour améliorer la productivité à la fin des années soixante, il ne fallait pas accélérer les cadences des chaînes de montage ou approfondir encore la division du travail, bien au contraire. La source des gains de productivité se trouvait dans l'amélioration de la qualité des produits. En effet, les défauts des produits coûtaient fort cher à l'entreprise : soit il fallait les corriger en bout de chaîne, ce qui consommait du travail supplémentaire, soit on n'arrivait pas à les vendre (gonflement des stocks), et tout se passait alors comme si les travailleurs n'avaient rien produit ! En retrouvant le chemin de la qualité, le toyotisme a augmenté la productivité des ouvriers en économisant le temps de travail dévolu à la réparation des défaut ou à la production de biens invendables.
Le principe de la production " juste-à -temps ", en réduisant les stocks, et l'autonomisation des travailleurs, en réduisant les coûts d'organisation et de contrôle, ont permis d'offrir aux consommateurs une gamme de biens très diversifiée, sans que cette diversification se traduise par une dégradation de la rentabilité de l'entreprise ou une hausse des prix qui aurait découragé la demande. L'offre de biens de qualité et différenciés a stimulé la consommation, ce qui a incontestablement pu être un facteur de croissance économique.
Dans les années 70, le Japon, pays du toyotisme, ne semblait pas connaître la crise que traversaient les pays occidentaux dont les entreprises avaient toutes été organisées selon le système fordiste.
Dans le système toyotiste, la recherche de la qualité ne consiste pas seulement à bien produire un objet aux caractéristiques définies une fois pour toutes. Il s'agit de chercher en permanence à améliorer le produit, à trouver constamment le moyen de mieux satisfaire ou séduire le consommateur. De ce point de vue, le toyotisme repose sur un principe d'innovation de produit permanente (principe du " Kaizen "), et ces innovations de produits sont de nature à stimuler la consommation, on l'a vu au chapitre précédent. Au passage, on découvre là un autre aspect positif de l'autonomisation et de la motivation des salariés : c'est aussi pour l'entreprise une façon de mobiliser leur savoir-faire et leur imagination dans la recherche d'innovations.
Est-ce à dire que le toyotisme est l'organisation du travail idéale ? Non, sans doute. En effet, on peut relever deux difficultés essentielles qui se font jour en ce début de 21ème siècle :
Le principe de l'innovation et de l'adaptation permanente à la demande impose une grande flexibilité des facteurs de production et notamment du travail. On peut craindre que la généralisation de cette flexibilité, si elle prend comme forme le chômage et la précarité, ne se traduise par une insécurité croissante pour les salariés, surtout dans un contexte de chômage persistant. Cette insécurité peut à son tour freiner la consommation, soit que les salariés épargnent par peur de l'avenir, soit qu'ils ne puissent accéder à l'emprunt faute de pouvoir garantir raisonnablement leurs revenus futurs.
Les interrogations sur la croissance que l'on a abordées au premier chapitre sont de nature à nourrir une contestation du toyotisme. D'abord parce que le système d'innovation permanente et de stimulation de la consommation nous amène à renouveler très fréquemment nos biens, ce qui augmente nos besoins en matières premières et en énergie. Or, on a bien vu que celles-ci n'étaient pas des ressources inépuisables. Par ailleurs, le système du juste-à -temps, s'il réduit les stocks, augmentent les flux de transport, notamment routiers : il faut apporter à l'entreprise ce dont elle a besoin exactement quand elle en a besoin (on dit parfois que dans le système toyotiste, les stocks n'ont pas disparu, mais se trouvent dans les camions !). Là encore, cette consommation énergétique n'est pas soutenable à long terme.