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en Sciences Economiques et Sociales
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Nous avons vu plus haut que le progrès technique, s'il détruit des emplois, peut aussi bien en créer, et que ce processus de création-destruction se traduisait par une transformation de la composition de l'emploi, c'est-à -dire du type d'emplois offerts. Il n'y a donc pas de raison a priori pour le progrès technique soit globalement une cause de chômage (même s'il en supprime souvent localement). Cependant, nous savons bien qu' il y a du chômage et nombreux sont ceux qui l'attribuent, au moins pour partie, au progrès technique. Peut-être que, parfois, les mécanismes de création et de transformation de l'emploi fonctionnent mal. Dans quel cas cela peut-il se produire ?
D'abord, l'absence de concurrence (ou une concurrence imparfaite) peut empêcher la baisse des prix, et donc limiter les gains de pouvoir d'achat.
Si une entreprise est en situation de monopole (ou si plusieurs entreprises forment un oligopole), elle a le pouvoir de fixer les prix comme elle l'entend, et donc peut ne pas répercuter les gains de productivité sur les prix pour accroître ses bénéfices. Dans ce cas, la demande ne sera pas stimulée et il risque de ne pas y avoir de croissance pour compenser les effets négatifs du progrès technique. Ce cas est important parce que souvent, l'entreprise qui innove se trouve de ce fait en situation de monopole : elle est la seule à maîtriser le nouveau procédé ou à proposer le nouveau produit. C'est alors à l'État d'intervenir par des lois favorisant une certaine concurrence pour éviter les abus.
Ensuite, les gains de pouvoir d'achat peuvent ne pas se traduire par une augmentation de la demande.
Les gains de productivité peuvent être utilisés pour augmenter les salaires ou les profits, ce qui permet de relancer la consommation ou l'investissement. Cependant, on a vu au chapitre précédent que la hausse de la rentabilité n'était pas une condition suffisante pour faire redémarrer l'investissement : il faut encore qu'existe un surcroît de demande et que les taux d'intérêt ne soient pas trop élevés. La politique économique peut ici s'avérer cruciale en créant de la monnaie ou en soutenant la demande par le déficit public. De même, l'augmentation des salaires ne se traduit pas toujours par une hausse de la consommation : les salariés peuvent épargner leur surplus de pouvoir d'achat, notamment si leurs besoins sont saturés ou s'ils craignent pour l'avenir. D'où l'importance des innovations de produits qui suscitent de nouveaux besoins et de la politique économique qui peut stimuler la demande.
Enfin, les emplois créés peuvent ne pas correspondre aux qualifications des travailleurs.
Par exemple, si le progrès technique a pour résultat que les presse-purée manuels sont remplacés par des presse-purée électriques (ou par de la purée en flocons !), les travailleurs des entreprises qui les fabriquaient seront licenciés et les entreprises fermées. Ces travailleurs pourraient trouver un emploi dans les entreprises qui embauchent, mais souvent ils n'ont pas la qualification nécessaire (le progrès technique crée aussi de nouveaux métiers !) et n'habitent pas là où les emplois sont créés. Il y a donc, au moins momentanément, un chômage en hausse. On parle dans ce cas volontiers de "chômage technologique", et c'est ce type de chômage qui explique l'insistance des gouvernements sur le rôle de la formation dans la lutte contre le chômage.
On le voit, le chômage dépend moins du progrès technique lui-même que de ses conditions d'applications. Et celles-ci appellent souvent des politiques économiques et sociales appropriées. Le chômage n'est donc pas une fatalité.