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Banque de Ressources Interactives
en Sciences Economiques et Sociales
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Taylor est un ingénieur américain de la fin du 19è siècle. Il observe que, dans l'industrie, ce sont les ouvriers qualifiés qui ont une bonne partie du pouvoir car ils sont les seuls à maîtriser les gestes techniques, les savoir-faire de leur profession. Ils en profitent pour choisir leur rythme de travail (évidemment un peu lent, du point de vue du patron...) et, donc, freiner la croissance de la productivité. Pour résoudre ce problème et en quelque sorte déposséder les ouvriers qualifiés de ce pouvoir, Taylor va proposer une "organisation scientifique du travail" (O.S.T.).
La grande innovation de Taylor, c'est la division verticale du travail, c'est-à -dire que l'on sépare le travail de conception du travail d'exécution. Les ouvriers font ce que les ingénieurs, qui ont étudié scientifiquement le processus de production, leur disent de faire. Les ingénieurs déterminent les façons de produire et les gestes nécessaires pour produire, attribuent à chaque tâche un temps de réalisation (c'est le "chronométrage "). Les ouvriers n'ont plus à penser (ce qui prendrait du temps), ils n'ont plus qu'à produire en respectant les consignes données par le" Bureau des Méthodes " (les ingénieurs).
L'analyse par les ingénieurs du processus de fabrication permet aussi de décomposer la production en tâches simples ce qui accroît la division horizontale du travail. De même, l'étude scientifique de l'environnement du travailleur incite à lui laisser à portée de main, en stocks, tout ce qui lui est nécessaire pour accomplir sa tâche (outils, petites pièces, matières premières). Le but est d'éviter les déplacements des ouvriers, la "flânerie" et les temps morts, comme dit Taylor. On peut parler ici de parcellisation du travail. Cette parcellisation et le chronométrage vont aussi permettre de payer les ouvriers au rendement : le salaire sera directement lié au nombre de pièces fabriquées (" salaire aux pièces ").
L'organisation taylorienne, parce qu'elle impose au travailleur à la fois une méthode de travail et un temps pour l'exécuter, implique une hiérarchisation accrue dans l'entreprise. Il faut d'abord beaucoup plus d'ingénieurs pour définir les méthodes de travail optimales dans tous les domaines d'activité de l'entreprise. Il faut aussi et surtout des contremaîtres pour contrôler les ouvriers, vérifier qu'ils appliquent bien les consignes des ingénieurs et respectent les cadences de travail.
Parallèlement, les ouvriers sont dépossédés de leur savoir-faire. Puisque ce sont les ingénieurs qui déterminent les méthodes de travail, les ouvriers n'ont plus désormais qu'à exécuter les consignes. L'entreprise a moins besoin d'ouvriers qualifiés et plus besoin d'ouvriers non qualifiés, ce qui lui permet d'ailleurs de verser des salaires moins élevés. En ce sens, ont peut dire que le taylorisme déqualifie le travail des ouvriers en les ravalant à des tâches d'exécution.
Ce mode d'organisation du travail transforme donc radicalement les conditions de la production. Le fait marquant est qu'en contrôlant le travail des ouvriers, l'entreprise peut désormais agir sur la productivité de leur travail, et donc réaliser d'importants gains de productivité. Et puisque ces gains ne sont plus dus à la qualification des ouvriers mais à l'organisation du travail que l'entreprise leur a imposée, elle n'est plus obligée de les partager. Le taylorisme a ainsi été un facteur d'augmentation rapide de la rentabilité.
On peut donc remarquer que le taylorisme n'est pas qu'économique, il a aussi des conséquences sociales importantes. De ce point de vue, on peut ajouter que les travailleurs sont de plus en plus dépendants les uns des autres, ce qui justifie leur concentration en un même lieu. De même, comme on ne leur reconnaît plus aucune capacité à organiser leur activité, ils sont aussi de plus en plus dépendants de leurs supérieurs. Ce sont donc des liens sociaux nouveaux qui se tissent en même temps que se diffuse le taylorisme.
Enfin, il faut noter que le taylorisme, en rationalisant le travail pour le rendre efficace, l'a aussi rendu moins pénible physiquement, moins fatigant, même si cet aspect a pu être occulté par l'accélération des cadences de travail que l'OST a par ailleurs imposée.