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Banque de Ressources Interactives
en Sciences Economiques et Sociales
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Henry Ford, propriétaire d'une des premières entreprises automobiles, va mettre en œuvre dans ses usines d'automobiles une nouvelle forme d'organisation du travail qui porte son nom. Quels en sont les principes ?
Ford (ou ses ingénieurs) imagine un procédé mécanisé de convoyage (c'est-à -dire de transport) des produits en cours de fabrication d'un ouvrier à un autre. C'est le système de la chaîne, et donc l'instauration du travail à la chaîne. Concrètement, cela peut être un tapis roulant qui circule devant les travailleurs à une vitesse qui leur permet de réaliser leur tâche. Les produits peuvent être accrochés en l'air à une sorte de filin qui défile. On peut tout imaginer, mais le principe est toujours le même : le produit en cours de fabrication défile devant le travailleur. Celui-ci n'est donc plus maître de son rythme de travail. Le travail à la chaîne suppose que les différentes opérations de fabrication soient courtes et simples, donc le travail est très parcellisé, comme dans le taylorisme, peut-être même plus. Le travail à la chaîne suppose aussi que les ouvriers fassent exactement les gestes requis par le convoyeur et dans les temps imposés par lui. On a donc encore une division verticale du travail.
Le système fordiste repose aussi sur la standardisation des pièces, c'est-à -dire que d'un véhicule à l'autre les différentes pièces ont toutes exactement les mêmes dimensions, de manière à pouvoir être montées sans aucun ajustage (système des pièces interchangeables). Par exemple, il faut que les trous percés dans une carrosserie de voiture pour monter le rétroviseur aient exactement la taille de la vis que l'ouvrier suivant va mettre dans ce trou (si le trou était trop petit, la vis n'entrerait pas et toute la chaîne serait arrêtée). Cela permet d'économiser le temps d'ajustage des pièces qui autrefois ralentissait considérablement le travail dans l'industrie automobile. En contrepartie, cela implique des produits eux-mêmes standardisés : les automobiles ne sont plus les produits de luxe du début du 20ème siècle, elles deviennent des produits plus communs, identiques d'un consommateur à l'autre.
Les usines Ford produisant des voitures standardisées, elles ne pouvaient plus avoir pour clientèle privilégiée les classes très aisées consommatrices de produits de luxe. Il fallait plutôt vendre aux classes moyennes, mais cela supposait de pratiquer des prix très inférieurs. Le système fordiste va ainsi se caractériser par un usage particulier de ses gains de productivité, privilégiant la baisse des prix pour conquérir de nouveaux marchés. Parallèlement, Henry Ford s'est rendu célèbre en doublant le salaire de ses ouvriers par rapport au salaire courant (" Five dollars a day "). Même si cette générosité apparente servait surtout à retenir ses salariés éprouvés par la dureté du travail à la chaîne, Ford savait qu'elle pouvait profiter indirectement à son entreprise : tôt ou tard, le pouvoir d'achat distribué enrichirait sa propre clientèle, et donc permettrait l'accroissement des ventes. Ce que l'entreprise perdait en comprimant sa marge bénéficiaire, elle le récupérait en accroissant la quantité vendue. Le système fordiste innove en ce sens que les conditions de la production sont pensées comme déterminant aussi celles de la consommation. On a là la base d'une logique productive très différente de celle du 19è siècle et qui va dominer le 20è siècle : c'est la logique de la production de masse (ou production en grande série) qui appelle une consommation de masse.
Cette production de masse va elle-même générer ce qu'on appelle des "économies d'échelle" : les frais fixes de l'entreprise peuvent être répartis sur une plus grande quantité de biens vendus, ce qui réduit encore le coût de fabrication.
Le fordisme s'est répandu dans les entreprises des pays industrialisés après la seconde guerre mondiale. L'apogée de ce système a ainsi coïncidé avec la période des "Trente glorieuses", c'est-à -dire la plus forte et la plus longue période de croissance de l'époque industrielle. C'est pourquoi on a souvent associé cette croissance avec cette organisation du travail en parlant de "croissance fordiste".