3.3.1 - L'inégalité est favorable à la croissance parce qu'elle incite les individus à travailler, à investir et à innover.
- Page mise à jour le : 13-01-2009
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Il y a là trois arguments différents soutenant l'idée que les inégalités sont économiquement efficaces. Nous allons les voir successivement.
- Les inégalités de revenu encouragent le travail en récompensant l'effort individuel. On a déjà vu le principe " à travail égal, salaire égal ", et on a déjà noté qu'il impliquait une inégalité entre des niveaux de travail différents. Bien évidemment, on peut penser que si le salaire était le même quel que soit le niveau de travail, tout le monde se contenterait du minimum d'effort. Les économistes libéraux s'appuient sur ce principe pour dénoncer l'insuffisance des inégalités dans certains domaines de la vie économique. Ainsi, ils soutiennent que si les minima sociaux (RMI, indemnités chômage, …) sont trop proches du SMIC, les individus touchant les bas salaires ne seront pas enclins à travailler mais plutôt à vivre aux dépens de l'Etat providence. De même, si le SMIC est trop élevé et que l'échelle des salaires est trop restreinte, les travailleurs n'auront pas intérêt à faire un effort de formation, puisqu'une progression dans la hiérarchie de l'entreprise leur rapporterait peu.
- Les inégalités sont nécessaires pour favoriser l'épargne et l'investissement. On sait que la propension à épargner (voir lexique) est plus élevée pour les détenteurs de revenus élevés, ce qui est assez logique (il est plus facile d'épargner quand on dispose de 5 fois le SMIC que quand on est payé au SMIC). Or l'épargne est la base de l'investissement. Donc la capacité d'épargne, et donc de financement des investissements, est plus élevée quand l'inégalité des revenus est forte que dans le cas contraire. Et la croissance est fortement corrélée avec le taux d'investissement comme nous l'avons vu dans le chapitre 1. Mais c'est aussi en récompensant le bon investissement par de supers profits, et donc par de fortes inégalités, que l'on incite les épargnants à chercher l'investissement le plus pertinent, c'est-à -dire correspondant à une forte demande et économiquement rentable.
- Enfin, les inégalités permettent de récompenser ceux qui innovent et donc de stimuler le progrès technique et organisationnel qui entraînera la croissance. Les inégalités donnent des informations indispensables aux acteurs économiques, en même temps qu'elles leur donnent des guides de comportement. Que veut-on dire par là ? Si par exemple, les salaires versés sont plus élevés dans une branche nouvelle et en croissance, et plus faibles dans une branche en déclin, normalement les salariés rationnels vont tenter de quitter la branche en déclin et d'aller se faire embaucher dans la branche en croissance, même s'il faut pour cela un complément de formation. On peut faire le même raisonnement pour les profits : les détenteurs de capitaux vont tenter d'investir dans les branches ou les entreprises où les profits sont élevés (on rappelle que les profits sont des revenus …). Le libre jeu du marché, grâce aux inégalités qui en résultent, permet donc une allocation optimale des ressources (cette expression, couramment utilisée par les économistes, en particulier néo-classiques, signifie que les ressources, c'est-à -dire le capital et le travail, sont utilisées le plus efficacement possible). Et les inégalités agissent alors comme un aiguillon sur les comportements : elles sont des incitations à accepter le changement de métier ou le changement de région, par exemple, ou à prendre des risques, par exemple en créant sa propre entreprise.
Au total, on voit donc que les inégalités, certaines inégalités, peuvent être favorables à la croissance économique en incitant les acteurs économiques à adopter des comportements favorables à la croissance. Mais est-ce toujours le cas ?