1.1.2 - Les inégalités économiques ne se réduisent pas aux inégalités de salaire.
- Page mise à jour le : 02-02-2010
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[Les statistiques données dans ce paragraphe sont tirées de l'article de L. Chauvel, "Le retour des classes sociales ?", in DEES 127, mars 2002.]
- Les inégalités de salaires sont importantes, mais ce sont aussi les plus faibles et les plus stables.
Il y a en France, comme dans toutes les sociétés, des inégalités de salaires. Elles dépendent d'abord de la "valeur" que la société attribue aux différents postes de la hiérarchie du travail. Par exemple, on trouve "normal" que le directeur financier d'une entreprise gagne plus que les ouvriers, soit parce qu'on estime que le poste est plus important pour la bonne marche de l'entreprise, soit parce qu'il nécessite plus d'études pour y accéder, soit encore parce qu'il impose de plus grandes responsabilités. Les inégalités dépendent aussi du rapport de force entre les salariés et leurs employeurs : certaines professions, par exemple parce qu'elles sont, à un moment donné, très demandées, obtiennent des salaires plus élevés (comme, par exemple, les informaticiens). Ainsi, en 2000, le salaire mensuel moyen des ouvriers et des employés à temps plein (1200€ environ) est 2,5 fois plus petit que le salaire mensuel moyen des cadres (plus de 3000€). Les ouvriers et les employés représentent au total environ 58% de la population active et les cadres 12.5% environ. Au cours du 20ème siècle, les inégalités de salaires ont peu varié du côté "haut" de la hiérarchie : l'écart entre les hauts salaires et le salaire moyen est resté à peu près le même. Par contre, les inégalités entre les bas salaires et le salaire moyen se sont beaucoup réduites, surtout depuis 1968, grâce à l'instauration puis à la revalorisation du SMIC (le rapport interdécile des salaires est ainsi passé de 4 à 3,1 entre 1968 et 2000).
- Les inégalités de revenus sont plus fortes que les inégalités de salaires et tendent à augmenter avec la crise économique.
Les inégalités de revenus sont plus fortes que les inégalités de salaires et tendent à augmenter avec la crise économique.
L'écart entre les revenus est toujours plus fort que l'écart entre les salaires : ceux-ci sont protégés par un SMIC assez élevé (équivalent au double du RMI, environ) et aussi par des grilles salariales qui encadrent l'évolution des salaires et empêchent l'apparition de trop grandes inégalités. Les inégalités de revenus, après s'être bien réduites depuis les années 1960, ont augmenté sensiblement depuis le début des années 1980. La première explication de ce retour des inégalités de revenus est le chômage : en perdant leur emploi, les individus perdent aussi leur revenu, ce qui "tire vers le bas" la hiérarchie des revenus. Mais une deuxième explication tient au fait que les revenus du travail ont augmenté (nettement) moins vite que les revenus du capital depuis 25 ans. Or ces derniers sont surtout perçus par les ménages les plus riches, ce qui a accru l'écart entre eux et le reste de la population.
- Les inégalités de patrimoine sont les inégalités économiques les plus fortes.
Pour le patrimoine, on observe que 20% de la population ne disposent d'aucun patrimoine. Dans ces conditions, il devient difficile de mesurer un écart … Il vaut mieux parler de gouffre ! Par ailleurs, le patrimoine provient de l'épargne des individus. Or, la capacité d'épargne augmente plus vite que le revenu : une personne qui gagne 1000€ par mois en consommera sans doute 950 et aura donc 50€ d'épargne ; tandis qu'une personne gagnant 2000€ par mois, parce que ses besoins sont bien satisfaits, consommera une moins grande part de son revenu et pourra épargner proportionnellement plus, mettons 400€. L'écart entre les deux montants d'épargne est de 1 à 8 quand l'écart entre les revenus n'est que de 1 à 2. Cela explique en partie pourquoi les inégalités de patrimoine sont nécessairement plus fortes que les inégalités de revenus. On peut ainsi estimer que, en ce qui concerne les patrimoines, le rapport interdécile (D9/D1) est au moins de 1 à 70, c'est-à -dire que le patrimoine minimum détenu par les 10 % des ménages ayant le patrimoine le plus élevé est 70 fois plus élevée que le patrimoine maximum des 10 % des ménages ayant le patrimoine le plus faible. Ces inégalités se sont accrues ces 20 dernières années à cause de la hausse du prix des actifs patrimoniaux (c'est-à -dire les titres ou les biens possédés par les ménages, comme les actions, les obligations, les logements, …).
En conclusion, les inégalités économiques telles qu'on peut les mesurer restent importantes, ne se réduisent plus, voire s'accroissent. Cependant, comparativement aux autres pays développés, la situation française n'est pas particulière : du point de vue des écarts de salaire, par exemple, la France se situe dans une position moyenne par rapport aux autres grands pays développés. Et les inégalités se sont beaucoup plus accrues en Grande-Bretagne et aux États-Unis qu'en France depuis le début des années 1980.