1.1.3 - Les inégalités sociales ne sont pas seulement la conséquence des inégalités économiques.
- Page mise à jour le : 14-01-2009
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Les inégalités sociales peuvent être la conséquence des inégalités économiques : par exemple, les inégalités quant à la taille ou au confort des logements découlent bien naturellement d'inégalités de revenus. Cependant, il y a des inégalités qui ne sont pas la conséquence d'un écart de revenu ou de patrimoine, c'est-à -dire que la société valorise des différences autres qu'économiques. Nous allons en donner quelques exemples.
- Les inégalités entre hommes et femmes. Elles ont des formes diverses, mais dans tous les cas, c'est le genre (masculin / féminin) qui fonde la hiérarchisation et l'inégalité qui en découle. La place des femmes dans la société est marquée par la domination masculine héritée du passé. Les inégalités se vivent d'abord dans la sphère privée : ainsi, la répartition des tâches domestiques reste-t-elle marquée par une profonde inégalité (les changements sont extrêmement lents, à l'heure actuelle, on estime que les femmes assurent plus des 2/3 des tâches domestiques, on parle de "double journée de travail" pour les femmes actives occupées) qui ne consiste pas seulement en plus de temps passé par les femmes mais aussi au fait que ce sont elles qui effectuent les tâches les moins épanouissantes (lavage du linge, nettoyage des toilettes et des salles de bain, etc.) alors que les hommes font des tâches plus valorisées (jardinage, bricolage, accompagnement des enfants, etc.). Ces inégalités se vivent aussi à l'école : malgré des résultats scolaires meilleurs pour les filles (à tous les niveaux de l'enseignement), les orientations les plus valorisées socialement (série scientifique, classes préparatoires aux grandes écoles) restent, majoritairement, l'apanage des garçons. Elles se vivent encore dans la sphère professionnelle : le salaire des femmes est le plus souvent considéré comme un salaire "d'appoint", c'est-à -dire s'ajoutant à celui de l'homme, il peut donc être plus faible (alors que de plus en plus de femmes vivent seules et que, de toutes façons, il n'y a aucune raison pour considérer que le travail est moins important pour une femme que pour un homme, même si l'identité masculine se construit sur l'activité professionnelle) ; les femmes ont du mal à accéder aux postes de responsabilité malgré leur niveau de diplôme. Elles se vivent enfin dans le domaine politique où, malgré la loi sur la parité, le nombre d'élues (en particulier aux scrutins nationaux) est, proportionnellement au nombre de femmes dans la société, extrêmement faible. Il faut aussi dire que ces inégalités font système. Qu'entend-on par là ? Les inégalités s'enchaînent les unes aux autres et on finit par avoir du mal à savoir quelle inégalité est à l'origine des autres. On va le montrer en donnant des exemples. Il est ainsi très rationnel que ce soit la femme, dans un couple, qui garde les enfants quand ils sont malades (elle perdra alors en général son salaire pour ces jours d'absence) car, comme elle est moins payée que son conjoint, le ménage perdra moins d'argent en faisant ce choix (qui n'est donc pas forcément lié au fait que la mère saurait mieux s'occuper d'un enfant malade que le père, même si le couple le pense souvent, l'argument économique ne jouant souvent qu'à la marge). On pourra ensuite dire que le salaire des femmes est inférieur à celui des hommes, ou qu'on ne leur donne pas de responsabilité, car "elles sont tout le temps absentes". De la même manière, les femmes refusent parfois des postes de responsabilité parce qu'elles savent que les réunions auront lieu justement à l'heure où elles "doivent" être à la maison pour s'occuper des enfants rentrés de l'école, du fait de la répartition inégalitaire des tâches domestiques. De ce fait, on continue dans l'entreprise à programmer les réunions à 17h30, par exemple, et les hommes participant à ces réunions ne pourront pas (même s'ils le souhaitaient) prendre leur part des tâches domestiques, ce qui contribue à perpétuer le partage inégalitaire des tâches, et la boucle est bouclée !
- Les inégalités devant la mort. Alors même que l'accès aux soins médicaux est garanti à tous (en France, toujours), on meurt plus jeune quand on est ouvrier non qualifié que quand on est cadre. Ainsi, entre 1982 et 1996, le nombre de décès observés chez les ouvriers non qualifiés de 30 à 75 ans a été 30% plus élevé que si leur mortalité avait été la même que celle de l'ensemble de la population, et celui des décès observés chez les cadres de 40% inférieur à celui qu'il aurait été aux conditions de mortalité de l'ensemble de la population. L'écart est donc important. Résultat : l'espérance de vie est moins longue chez les ouvriers que chez les cadres (aujourd'hui, l'espérance de vie à 35 ans est de 46 ans pour les cadres de la fonction publique et de 37 ans pour les ouvriers non qualifiés). Ces chiffres sont tirés de A. Mesrine, "Les différences de mortalité par milieu social restent fortes", in Données sociales 1999. Rappelons que ces chiffres signifient que les cadres qui ont 35 ans aujourd'hui ont une chance sur deux d'atteindre ou de dépasser 81 ans (35+46) et les ouvriers une chance sur deux d'atteindre ou de dépasser 72 ans (35+37), ce qui fait quand même 9 ans de moins en moyenne. Les chiffres montrent aussi des inégalités devant la mort en fonction de la région où l'on habite.
- Les inégalités de réussite scolaire. L'école est, en France, publique et gratuite donc accessible à tous également. Pourtant, le genre des études, leur durée, le niveau de diplôme atteint sont assez nettement corrélés avec l'origine sociale. Donnons-en quelques exemples. Les statistiques du Ministère de l'Education nationale montrent par exemple qu'en 1996, 80% des enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures sortis de formation initiale entre 1991 et 1994 ont un diplôme de l'enseignement supérieur alors que 20% à peine des enfants d'ouvriers non qualifiés et d'ouvriers agricoles sont dans cette même situation. Deuxième exemple : en 1993, les enfants de cadres représentent 48,5% des étudiants en classes préparatoires aux grandes écoles, les enfants d'ouvriers 6,8%, alors que les enfants de cadres représentent 15,8% des jeunes de 20 à 24 ans et les enfants d'ouvriers 37,5%. Il faut ajouter que le diplôme n'est pas valorisé de la même manière sur le marché du travail selon l'origine sociale : en 1990, 81,1% des enfants de cadres ayant un diplôme supérieur à bac + 2 sont eux-mêmes cadres entre 26 et 33 ans ; avec le même diplôme, les enfants d'artisans et commerçants ne sont que 68,5% à être eux-mêmes cadres entre 26 et 33 ans. Nous reparlerons de ces inégalités de réussite scolaire à propos de la mobilité sociale.
On voit bien que toutes les inégalités ne se réduisent pas à la différence de revenu. Bien plus, l'inégalité économique est souvent la conséquence d'une inégalité sociale, comme dans le cas de l'inégalité entre hommes et femmes. C'est en cela qu'on peut dire que les inégalités sont multidimensionnelles, ce qui est une autre façon de dire qu'elles n'ont pas toutes la même origine.
Conclusion : les inégalités dont nous venons de parler sont connues depuis longtemps. Nous avons vu qu'elles se transformaient au cours du temps (diminution de l'écart des salaires entre 1960 et 1980, réduction de certaines inégalités hommes-femmes, etc…). Mais il faut aussi se pencher sur la transformation des groupes sociaux liée à l'évolution des inégalités.