3.2.1 - Paradoxalement, les inégalités ne sont pas toujours injustes, et l'égalité n'est pas toujours juste.
- Page mise à jour le : 13-01-2009
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- Traiter également tout le monde, c'est traiter tout le monde de la même manière, mais cela ne veut pas dire amener tout le monde à la même situation. En effet, du fait des différences entre les individus, il y a une inégalité de départ, une inégalité de conditions. Et un même traitement appliqué à des situations différentes ne donnent pas les mêmes effets. Exemple : apprendre à lire de la même manière à tous les enfants, à égalité de traitement, sans prendre en compte les inégalités initiales, par exemple sur la maîtrise de la langue française (vocabulaire, structures de la langue), débouche sur une encore plus grande inégalité. Pourtant, dans ce cas, il y aurait égalité de traitement, mais c'est cette égalité de traitement qui est inégalitaire. Remarquons que pour l'exemple choisi, il y a longtemps que l'on sait qu'il faut tenter de réduire ces inégalités et que l'école maternelle agit dans ce sens.
- D'où l'idée de traiter différemment les gens différents de manière à compenser les inégalités de positions initiales. La justice sociale s'obtient là paradoxalement en traitant les individus de façon inégale. Par exemple, quand l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, éminente grande école française, décide de recruter une petite partie de ses élèves de première année parmi des élèves de lycées de banlieues défavorisées à partir d'un dossier et d'entretiens individuels, donc sans qu'ils passent le concours commun d'entrée, très sélectif, on est bien dans cette logique d'obtenir une certaine égalité d'accès à une grande école quelle que soit l'origine sociale, mais en renonçant à l'égalité des chances puisque les élèves de zones défavorisées ont un concours moins sélectif, et même à l'égalité des droits puisque ce concours alternatif est réservé à certains lycées.
- On est là dans le domaine de l'équité. Ce qui est équitable est juste, mais peut passer par des inégalités de traitement. C'est cette même logique qui est à l'œuvre quand le ministère de l'Education nationale décide que dans certaines zones, les écoles, collèges et lycées pourront bénéficier de moyens matériels et humains supplémentaires du fait des difficultés particulières des élèves qu'ils scolarisent. Substituer la notion d'équité à celle d'égalité amène donc à une redéfinition des politiques publiques qui visent à promouvoir l'idéal égalitaire.
En fait, il ne faut pas s'étonner de ce que l'égalité ne soit pas toujours juste, puisque nous avons vu précédemment qu'il y a plusieurs sortes d'égalité, et qu'elles ne sont pas toujours compatibles entre elles. Ainsi, quand on essaie d'atteindre une forme d'égalité, on est souvent obligé de renoncer à une autre forme. Par exemple, rechercher l'égalité des chances amène souvent à renoncer à l'égalité des résultats puisque les individus sont différents. Ce n'est donc pas tant que l'égalité est injuste et l'inégalité juste, mais plutôt que pour juger de la justice sociale il faut se demander d'abord quel type d'égalité on poursuit, et pour qui. C'est cette complexité de la relation entre égalité et justice sociale qui a amené l'Etat à redéfinir parfois les modalités de sa politique sociale.