2.3.3 - Mais si ces prestations sociales permettent de limiter la pauvreté, certains leur reprochent de faire perdurer l'exclusion.
- Page mise à jour le : 20-06-2010
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Les reproches adressés aux mécanismes d'assistance aux plus pauvres varient évidemment en fonction de la prestation considérée. On peut toutefois repérer trois types de reproches, qui sont d'inspirations très différentes, mais ont en commun l'idée que la lutte contre la pauvreté monétaire ne doit pas éclipser la lutte contre l'exclusion.
- Le versement de revenus aux plus pauvres n'incite pas à travailler, et donc maintient les personnes pauvres en dehors du marché du travail. C'est un des grands reproches adressés au RMI. Il repose sur une analyse néoclassique traditionnelle selon laquelle les individus arbitrent entre les loisirs et le travail en fonction de ce que ce dernier rapporte. Si l'inactivité est rémunérée, par exemple avec un revenu minimum, mais aussi des indemnités de chômage très généreuses, alors il y a une "désincitation" au travail. Dans un couple, par exemple, où les deux adultes n'ont ni emploi, ni ressources, il peut sembler plus intéressant de refuser un emploi plutôt que de perdre le RMI pour le couple. En effet, le montant du RMI pour un couple, de l'ordre de 610 euros en 2003, est certes inférieur au SMIC (de l'ordre de 850 euros) mais il ne suppose pas que l'un des membres du couple exerce un emploi, souvent précaire, contraignant, sans intérêt… On a vu d'ailleurs que c'était l'un des objectifs de la PPE que de rendre le travail financièrement plus attractif que les minima sociaux. Et la réforme du RMI en 2003 a conditionné son versement à l'acceptation d'un emploi à temps partiel.
- Le versement de revenus sans contrepartie développe une "culture de l'assistance" à l'opposé de la notion de lien social. C'est encore une critique adressée principalement au RMI, mais elle ne relève pas cette fois d'une analyse économique. Elle s'appuie sur le constat que bien souvent, le contrat d'insertion soit n'est même pas signé (dans près de la moitié des cas), soit n'est pas respecté, en particulier parce que le personnel disponible pour accompagner les RMIstes est trop peu nombreux et surchargé de travail. Finalement, le R.M.I. n'est souvent qu'un revenu, versé sans réelle contrepartie de la part du bénéficiaire. La réforme du RMI en 2003, en imposant aux bénéficiaires l'acceptation des emplois proposés, reprend implicitement cette critique. Celle-ci repose, en fait, sur l'idée selon laquelle les bénéficiaires de minima sociaux ont une "dette" vis-à -vis de la société, et qu'ils lui sont redevables de ce qu'ils reçoivent. Il y a là une logique très libérale et conservatrice qui voit dans l'assistance aux plus pauvres une générosité de la société, et non pas un mécanisme de solidarité qui reposerait, lui, sur l'idée inverse que c'est la société qui a une dette vis-à -vis de ceux qu'elle exclut.
- Le versement de compléments de revenu aux travailleurs pauvres encourage les entreprises à verser de bas salaires. Cette critique est adressée à la PPE qui revient à ce que la collectivité assure, par la redistribution fiscale, la hausse des salaires que les entreprises ne veulent pas assumer. Ce faisant, on permet à une forme "d'exploitation" de perdurer en la rendant supportable pour les salariés pauvres. La lutte contre le phénomène des "working poors" devrait, dans cette optique, passer prioritairement par une revalorisation du SMIC. A l'opposé des points de vue précédents, cette critique de la PPE est d'inspiration nettement antilibérale. L'accent est mis sur la responsabilité des entreprises, et au-delà de la société toute entière, dans la pauvreté, le chômage et le délitement du lien social. La difficulté de cette argumentation est qu'il est paradoxal de refuser aux travailleurs pauvres un revenu supplémentaire au nom même de la lutte contre la pauvreté au travail !