1.2.1 - Le travail, parce qu'il donne une identité professionnelle, un revenu et des droits sociaux, est le pilier essentiel de l'intégration.
- Page mise à jour le : 19-04-2010
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Le travail comme activité centrale dans la société, comme activité donnant statut et rôle à l'individu, n'apparaît en tant que tel qu'au 18è siècle, selon certains philosophes comme D.Méda. Sa place sociale s'est considérablement accrue depuis cette époque et le travail est "le" moyen pour l'individu de se construire une identité professionnelle et sociale, de s'assurer un revenu, et d'obtenir des droits sociaux.
- Le travail permet de se construire une identité professionnelle. Nous avons vu au chapitre précédent que la division du travail permet à chacun de se rattacher à un collectif intermédiaire entre la société et l'individu : le "métier ", la profession, la catégorie sociale. Par le travail on peut d'une part se reconnaître des semblables, qui partagent notre profession ou notre situation économique et sociale, et d'autre part se distinguer d'autres personnes, qui exercent un métier différent, et ont donc d'autres valeurs, d'autres références, avec qui on peut même être en conflit. Cela peut paraître paradoxal, mais un individu a besoin de ce double mouvement de différenciation et d'assimilation pour s'intégrer. L'identification à autrui nous rattache à la société, fait exister le collectif, et la différenciation nous donne une place dans ce collectif. Dans le travail, cette" place "va se caractériser par un statut social – en quelque sorte le rang du travailleur dans les différentes hiérarchies sociales (prestige, pouvoir, mais aussi richesse) – et un rôle social – c'est-à -dire l'utilité du travailleur dans l'entreprise et au-delà dans la société, ce à quoi" il sert ".
- Le travail assure un revenu et la participation à la société de consommation. Travailler, plus précisément être actif, c'est s'assurer un revenu, qui est déjà une reconnaissance de l'utilité sociale de ce que l'on fait. En ce premier sens, déjà , le travail est intégrateur. Mais le revenu permet aussi à l'individu de consommer les biens valorisés par la société, et donc de s'y faire reconnaître. Si nous consommons tous à peu près les mêmes choses (voitures, logement, loisirs, vêtements, etc.) ce n'est pas seulement parce que ces biens sont objectivement utiles ou nécessaires, mais aussi parce qu'ils nous donnent un certain statut social. Pensez à ce que cela peut représenter en termes d'autonomie et d'identité personnelle d'acheter sa première voiture.
- Le travail assure des droits sociaux. Les droits sociaux sont les prestations sociales constitutives de l'Etat providence dont on reparlera à la deuxième section de ce chapitre. C'est, par exemple, la possibilité d'une indemnisation pour les salariés qui se retrouvent au chômage. Ces droits sociaux matérialisent la solidarité entre les individus, et plus encore l'appartenance à la société : c'est bien parce qu'on travaille en France que l'on bénéficie d'une panoplie de droits et de prestations, qui diffèrent d'un pays à l'autre, chaque société organisant sa sphère de solidarité.
Le travail, parce qu'il permet à l'individu d'acquérir un statut social, de disposer de revenus et d'accéder à des droits et des garanties sociales, est donc devenu un pilier de l'intégration sociale. La nécessité impérieuse (pas seulement matériellement mais aussi socialement) d'avoir un emploi, la volonté très marquée dans les enquêtes d'opinion de s'épanouir dans son travail, montrent bien que le travail n'est pas seulement une activité parmi d'autres. Le travail est plus que cela, il est fortement chargé symboliquement, autrement dit il fait partie du registre des valeurs.