2.3.3 - Comment le progrès technique peut-il être facteur de croissance ?
- Page mise à jour le : 22-04-2009
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Il s'agit ici de se demander comment le progrès technique engendre de la croissance, autrement dit de s'interroger sur les mécanismes. Le premier de ces mécanismes passe à court et moyen terme par les gains de productivité issus du progrès technique et ce que l'on en fait. Nous allons d'abord définir les gains de productivité puis distinguer les quatre différents usages que l'on peut en faire, en explicitant à chaque fois leur effet sur la croissance. Enfin, nous expliquerons pourquoi les gains de productivité peuvent provoquer des conflits.
- le progrès technique permet la réalisation de gains de productivité
C'est l'objectif des innovations, en particulier des innovations de procédé, d'engendrer ces gains. De quoi s'agit-il et comment ça se passe ? Quand on met en oeuvre une innovation dans la branche automobile, et concrètement cela signifie la plupart du temps que l'on a investi, on va produire par exemple plus de voitures dans le même temps de travail (mettons de 10 à 12). La productivité a donc augmenté : ces deux voitures supplémentaires sont le fruit des gains de productivité. Attention : les gains de productivité ne sont pas de l'argent, comme ceux du loto. Ils peuvent évidemment se transformer en argent mais ce n'est pas toujours le cas, on va le voir. Parler de "gains de productivité" signifie simplement que la productivité a augmenté. Cela ne nous dit rien sur comment on utilise cette productivité accrue. Et on va le voir, selon l'utilisation que l'on fait des gains de productivité, l'effet sur la croissance économique sera différent.
- Les utilisations possibles des gains de productivité sont plus ou moins favorables à la croissance.
L'entreprise qui gagne en productivité, par exemple notre entreprise automobile de toute à l'heure qui fabrique 12 voitures alors qu'elle n'en fabriquait que 10 auparavant dans le même temps de travail, peut utiliser ce gain de 4 manières différentes. Elle peut :
- Baisser les prix : en effet, le coût unitaire (celui de chaque voiture) diminue puisque, sans dépenser plus de travail (et à condition que les salaires ne varient pas), on fabrique plus de voitures. L'entreprise attend de cette baisse des prix une augmentation de la demande qui lui est adressée, donc une augmentation de sa production. Au niveau macro-économique, la baisse des prix engendre une hausse du pouvoir d'achat qui permet d'augmenter la demande et cela, pas seulement dans la branche qui a baissé ses prix. Donc globalement, la demande augmente, la production doit en principe suivre, surtout si les capacités de production ne sont pas toutes utilisées. Cette baisse des prix va donc engendrer des effets favorables à la croissance.
- Diminuer la durée du travail : en effet, puisqu'on met moins de temps à fabriquer chaque voiture, on peut très bien en fabriquer le même nombre qu'avant les gains de productivité et faire travailler moins longtemps chaque travailleur. Si en 35 heures, les travailleurs arrivaient à fabriquer autant qu'en 39 heures grâce aux gains de productivité, on peut très bien diminuer le temps de travail sans diminuer les salaires. C'est d'ailleurs grâce aux gains de productivité que le temps de travail a pu beaucoup diminuer en France à partir des années 60, alors même que les salaires continuaient à augmenter. Cette diminution du temps de travail n'engendre pas directement de croissance économique. En revanche, elle modifie les genres de vie et améliore sans doute le bien-être général : elle a donc un effet positif sur le développement plus que sur la croissance.
- Augmenter les profits : en gardant le même exemple, chaque voiture coûte moins cher à fabriquer puisque la productivité a augmenté. Si on maintient le prix à son niveau initial, toutes choses égales par ailleurs, la marge de l'entreprise augmente. Celle-ci réalise donc davantage de profits. Quel effet a cette augmentation sur la croissance ? Les profits sont destinés à être distribués aux actionnaires, mais ceux-ci peuvent décider d'en laisser une partie, plus ou moins grande, dans l'entreprise pour financer au moindre coût les investissements futurs. Si les profits sont distribués, ils constituent des revenus pour ceux qui les encaissent et augmentent donc leur pouvoir d'achat. Il peut donc en résulter une augmentation de la demande. S'ils sont conservés dans l'entreprise et financent de l'investissement supplémentaire, ils sont évidemment favorables à la croissance, comme on l'a vu plus haut.
- Augmenter les salaires : puisque les travailleurs produisent plus dans le même temps, on peut envisager de les rémunérer davantage sans que cela ne change rien au prix de vente, ni au profit. Dans ce cas, on aura une augmentation des revenus dont on peut attendre une augmentation de la demande, ce qui va inciter les entreprises à produire davantage, et la croissance s'accroît.
- Le conflit autour du partage des gains de productivité
Les gains de productivité peuvent permettre de faire ces quatre actions. Mais ce n'est pas ou l'une, ou l'autre. Cela peut être les quatre à la fois : on baisse un peu les prix, un peu la durée du travail, on augmente un peu les salaires et les profits. Toutes les combinaisons sont possibles et c'est d'autant plus facile que la productivité augmente rapidement. Le choix qui est fait dépend des entreprises mais les entreprises subissent certaines contraintes : par exemple, si la concurrence par les prix est vive sur le marché, l'entreprise va chercher à diminuer ses prix pour garder sa compétitivité, elle sera très réticente sur une hausse des salaires. De même, à certaines périodes, les salariés sont en position de force pour négocier et obtenir que les gains de productivité soient au moins en partie utilisés pour augmenter les salaires. Autrement dit, le partage des gains de productivité, qui a un effet direct sur la croissance, peut être l'objet de conflits, en tout cas de négociations.
Conclusion : les innovations mises en oeuvre grâce aux investissements génèrent une hausse de la productivité et cette hausse de la productivité, à son tour, aboutit, par des canaux variés, à une accélération de la croissance. On voit donc l'importance du progrès technique pour la croissance. Mais, à plus long terme, le progrès technique a d'autres effets sur la croissance, que nous verrons dans le paragraphe suivant.