Accueil | CHAPITRE 2 : Travail et emploi

A savoir avant de commencer : La difficulté de définir et de mesurer le chômage.

Pendant le 19ème et la plus grande partie du 20ème siècle, la situation était claire : soit on avait un emploi, soit on n'en avait pas. Et dans ce dernier cas, soit on en cherchait un, soit on n'en cherchait pas. C'est sur ces bases que se sont construites les statistiques de l'emploi et du chômage. La population était active ou inactive (mais pas les deux à la fois), et quand elle était active, soit elle avait un emploi (population active occupée), soit elle en cherchait un (population active à la recherche d'un emploi, ou population active inoccupée, c'est-à -dire au chômage). Et ces groupes statistiques correspondaient en gros à la réalité. C'est de moins en moins le cas aujourd'hui. Nous allons voir en quoi et pourquoi.

Aujourd'hui, il existe toujours des actifs ayant clairement un emploi, des chômeurs vraiment au chômage, des inactifs effectivement sans activité économique. Mais il existe aussi des situations intermédiaires tenant à la fois de l'inactivité et de l'activité, de l'activité et du chômage, etc…

Schàƒ©ma de J. Freyssinet: le flou entre emploi, chomage et inactivite

Ce schéma que J. Freyssinet a publié dans son livre Le chômage, Editions La Découverte, 1998) met clairement en évidence ces chevauchements entre les trois situations clairement identifiées (inactivité, emploi, chômage).

La zone 1, « temps réduit volontaire », correspond aux emplois à temps partiel choisi : les titulaires de ces emplois décident de ne pas travailler plus qu'un mi-temps, par exemple. Le temps où ils ne travaillent pas peut être considéré comme de l'inactivité. Ces « actifs occupés » sont en fait à moitié actifs, à moitié inactifs. Les statistiques les compteront intégralement comme des actifs occupés. Ce groupe contient en France surtout des femmes.

La zone 2, « temps réduit involontaire », contient les titulaires d'un emploi à temps partiel subi : ils n'ont pas choisi de ne pas travailler à temps plein, ils souhaitent travailler plus mais comme ils n'ont pas trouvé d'emploi à temps plein, ils ont accepté un emploi à temps partiel. On pourrait considérer que ces actifs occupés sont en fait partiellement au chômage, ce qui correspond d'ailleurs à la réalité car ces actifs recherchent très souvent effectivement un autre emploi. Mais les statistiques les compteront uniquement comme actifs occupés.

La zone 3 (« formation, cessation anticipée d'activité, chômeurs découragés ») contient les personnes à cheval entre le chômage et l'inactivité : chômeurs découragés qui ont renoncé à chercher un emploi car ils savent qu'ils n'ont aucune chance d'en retrouver un mais qui reviendront sur le marché du travail aussitôt qu'il y aura une chance, personnes au chômage envoyées en stages de formation, personnes de plus de 55 ans qui étaient au chômage et que l'on a désinscrites en les mettant en cessation anticipée d'activité et qui, de ce fait, ne sont plus réellement ni chômeurs, ni inactifs. Toutes ces personnes ne sont en général pas comptabilisées dans le chômage.

La zone 4 (« travail clandestin ») comprend les personnes qui, parce qu'elles y ont intérêt, sont en marge de la loi : elles ont une activité sans la déclarer et continuent parfois à bénéficier des indemnités chômage et de la protection sociale. On retrouve là toutes les formes de travail au noir.

Conclusion : les statistiques vont nous aider à quantifier le nombre des emplois et le nombre de ceux qui recherchent un emploi. Mais il faut bien savoir que ces nombres sont approximatifs : la réalité se laissent de moins en moins saisir facilement par les chiffres. En particulier parce que des intérêts et un statut sont liés à ces positions. Mais aussi parce que la croissance actuelle multiplie les formes d'emploi, ce que nous avons déjà vu.