Retraçons le processus de développement et d’institutionnalisation des syndicats sur le plan historique, de manière assez schématique. Les étapes du processus sont les suivantes :
Les débuts de l’industrialisation.
Pendant cette période, le pouvoir appartient clairement aux patrons, les travailleurs n’ont à peu près aucun droit, sauf celui de travailler (ou de mourir …). La grève est en général interdite : en France, elle est considérée comme un délit jusqu’en 1864. Cela signifie que jusqu’à cette date, c’est la force publique (l’armée en général) qui intervient pour empêcher les grèves et que les grévistes sont condamnés par les tribunaux. Les conflits du travail qui éclatent sont donc, la plupart du temps extrêmement, violents et sauvagement réprimés. Ce n’est qu’à la fin du 19è siècle, 1884 en France, que les syndicats sont autorisés, c’est-à -dire que les travailleurs ont le droit de se réunir en un acteur collectif pour tenter de défendre leurs intérêts.La première moitié du 20è siècle.
Elle va permettre aux syndicats de se construire petit à petit et d’acquérir peu à peu une certaine légitimité, tant auprès des travailleurs qu’auprès des patrons. Le premier rôle des syndicats sera d’endiguer la violence des conflits et de diminuer les risques individuels encourus par les grévistes en se faisant leur porte-parole. La légitimité des syndicats éclatera aux yeux de tous en 1936 (en France) : ce sont les syndicats qui négocient les accords Matignon avec les patrons et l’Etat, après un mouvement de grève généralisé qu’ils ont orchestré. Parallèlement, le droit du travail se construit, essentiellement sur le plan de la protection physique des salariés pendant leurs heures de travail.La période fordiste (1945-1975).
Dans un pays comme la France, elle est marquée par le triomphe des syndicats : on observe leur institutionnalisation, c’est-à -dire qu’ils sont les partenaires obligés de toutes les négociations, ils participent directement à la gestion des conflits, mais aussi à la gestion des institutions mises en place pour protéger ou défendre les travailleurs (protection sociale et tribunal des Prud'hommes). Les conflits eux-mêmes s’institutionnalisent, c’est-à -dire qu’ils suivent tout un rituel (préavis de grève, premières négociations, échec de ces négociations, grève effective, négociations à nouveau, etc…) dans lequel les syndicats jouent un rôle de premier plan. Le conflit se marque essentiellement par des grèves auxquelles les syndicats appellent et qu’ils dirigent, y compris jusqu’à l’appel à la reprise du travail. Au début des années 1970, certains en viennent, pour parler des syndicats, à employer des expressions du genre “ forteresse syndicale ” ou “ Etat dans l’Etat ” et ceux-ci sont des piliers de la régulation sociale. Il faut rappeler aussi que les syndicats ont obtenu le droit de co-gérer la protection sociale, la Sécurité Sociale étant l’objet d’une gestion tripartite Etat - patronat - syndicats représentatifs.