Les tables de mobilité sont un instrument irremplaçable d'analyse de la mobilité sociale. Mais pour ne pas leur faire dire plus que ce qu'elles peuvent montrer, il faut être bien conscient de leurs limites techniques. Celles-ci sont de trois ordres :
- La structure des positions sociales n'est pas toujours comparable d'une génération à l'autre : Dans les tables de mobilité que nous avons utilisé, les positions sociales sont identifiées à partir de la nomenclature des PCS. Or celle-ci a changé en 1982 - elle n'a certes pas été bouleversée, mais les changements ont été significatifs. On peut ainsi repérer des mobilités apparentes qui sont dues en fait au changement de la grille de classement des individus. Même si la grille reste formellement identique d'une génération à l'autre, les comparaisons intergénérationnelles peuvent poser des problèmes. En effet, une même catégorie sociale peut ne plus occuper la même position sociale à deux époques différentes : ainsi, le prestige d'un professeur de lycée s'est-il réduit au fur et à mesure que l'enseignement secondaire se démocratisait et que son propre niveau de qualification se banalisait au sein de la société.
- Les tables de mobilité analysent la mobilité sociale "passée" : pour que les comparaisons entre "pères" et "fils" aient un sens, il ne faut interroger que des personnes arrivées au faîte de leur carrière professionnelle. Si on comparait la situation sociale d'une personne de 25 ans avec celle de son père à l'âge de 50 ans, les deux ne seraient pas sur un pied d'égalité : la situation sociale du fils peut s'améliorer dans les 25 prochaines années (il peut avoir des promotions, se former et changer de métier, …). En fait, on mélangerait dans ce cas la mobilité intergénérationnelle et la mobilité intragénérationnelle. C'est pourquoi les tables de mobilité n'interrogent que des personnes âgées de 40 à 59 ans. Mais on ne sait donc rien de la mobilité sociale vécue par les générations plus récentes.
- Les tables de mobilité donnent une image partielle de la société : Usuellement, les tables de mobilité ne prennent en compte que les personnes de sexe masculin. Si on compare la situation sociale d'une personne âgée de 40 à 59 ans avec celle de sa mère (qui est donc âgée de 65 à 95 ans), on se heurtera au problème de l'inactivité féminine des générations plus anciennes : il n'est pas impossible que la mère n'ait pas eu de situation professionnelle significative. De même, si on compare la situation professionnelle d'un fille avec celle de son père, on risque d'avoir une différence liée au fait que les femmes et les hommes n'occupent pas les mêmes types d'emplois. Ainsi, il est fort possible que le père soit ouvrier et sa fille employée : doit-on pour autant en conclure à de la mobilité sociale intergénérationnelle ? On trouve des tables de mobilité mère/fille, mais c'est plus rare et plus difficile à interpréter.