Partie 2
2 - Croissance, progrès technique et emploi. 2[0]
La représentation la plus répandue du progrès technique, c'est la mécanisation du travail, le remplacement des hommes par les machines. On pense bien sûr aux chaînes de montages robotisées dans l'industrie automobile, ou encore aux guichets automatiques des banques. Mais nous avons vu dans le chapitre précédent que le progrès technique pouvait également agir sur la croissance économique, et donc fairevarier les besoins en travail des entreprises. Plus généralement, le progrès technique transforme le travail , et ce sont ces transformations que nous étudierons d'abord.
Mais pour que ces transformations puissent se faire, il faut que les travailleurs, en fonction des besoins de l'économie, puissent facilement changer d'emploi, passer rapidement d'un poste à l'autre, d'une entreprise à l'autre, ou d'un secteur à l'autre. Cette capacité de l'économie à redéployer continûment sa force de travail, c'est ce que l'économiste appelle la flexibilité . Nous l'étudierons dans notre dernier paragraphe.
2.1 - Gains de productivité, croissance et volume d'emploi. 0[0]
Comment le progrès technique et la croissance qu'il engendre agissent-ils sur le volume de l'emploi ? Nous allons d'abord montrer que fondamentalement, les gains de productivité que permet le progrès technique permettent de générer des emplois nouveaux. Pourtant, le chômage existe et nous nous demanderons ensuite si l'on peut établir des liens entre ce chômage que nous connaissons et le progrès technique.
2.1.1 - Le progrès technique engendre des gains de productivité qui sont source de richesses nouvelles et permettent de créer des emplois nouveaux. 0[0]
Le progrès technique a pour objectif explicite d'économiser du travail dans la fabrication d'un bien ou d'un service. Autrement dit, pour fabriquer le même bien, on utilisera moins de travail qu'avant l'introduction du progrès technique. On voit donc très clairement que le progrès technique diminue la quantité de travail par unité fabriquée. Mais affirmer cela ne nous dit rien sur l'évolution de l'emploi qui résulte de l'introduction du progrès technique. En effet, cette évolution va dépendre d'une part de ce que fait l'entreprise qui innove des gains de productivité réalisés, d'autre part des effets induits par la décision de l'entreprise sur le reste de l'économie, effets que l'on peut qualifier d'effets de propagation.
Fondamentalement, les gains de productivité, parce qu'ils permettent d'économiser du travail par unité produite, sont créateurs de richesses et rendent possible la création de nouveaux emplois . En effet, en abaissant le coût de production, les gains de productivité permettent la baisse des prix et l'augmentation des salaires réels. On observe donc une extension des marchés et, pour répondre à l'augmentation de la demande, les entreprises seront amenées à créer des emplois et à augmenter leur stock de capital productif, ce qui permettra de réaliser de nouveaux gains de productivité. La boucle est alors bouclée et le processus peut se poursuivre.
En fonction de l'utilisation qui est faite des gains de productivité , l'extension des marchés obtenue grâce au progrès technique ne sera pas exactement la même et les effets sur l'emploi non plus :
Vous pouvez vous reporter au chapitre précédent pour revoir ces différents usages.
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Si les gains de productivité sont utilisés à diminuer le prix de vente.
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La baisse de prix va permettre aux consommateurs de bénéficier d'une augmentation de leur pouvoir d'achat . Ils vont pouvoir exercer leur liberté de choix : consommer davantage de ce produit dont le prix baisse (il faudra donc fabriquer davantage de ce produit), ne pas le faire et augmenter leur consommation d'autres biens et services (et alors, il faudra augmenter la production de ces biens et services), ne pas le faire et augmenter leur épargne (donc pas d'effet immédiat sur la production). Les choix qu'ils vont faire vont constituer des signaux pour les autres acteurs de l'économie. C'est bien le rôle des prix dans une économie de marché (revoyez le programme de Première !). La baisse de prix va aussi se diffuser dans les autres branches de l'économie dans la mesure où le produit dont le prix baisse grâce au progrès technique est utilisé par les autres entreprises pour leur propre production.
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Prenons l'exemple des imprimantes pour l'informatique. Leur prix a considérablement diminué, en même temps que leur qualité technique s'est beaucoup améliorée. Quelles sont les conséquences de cette baisse des prix ? D'une part, les ménages, qui font des imprimantes un usage privé, dépensent moins pour l'achat de leur imprimante, ce qui est un élément de la décision d'achat, et on sait que la baisse des prix a considérablement dopé les ventes (et si on vend plus, on produit plus, donc il faut plus d'emplois si la hausse de la demande est plus rapide que celle de la productivité). D'autre part, les entreprises qui utilisent leur imprimante dans un but professionnel, intègrent son coût dans l'ensemble des coûts de production. La baisse du prix de l'imprimante va donc diminuer le coût de production, ce qui permettra une baisse en retour du prix de vente du produit fabriqué par l'entreprise. Cette baisse du prix va donc, elle aussi, engendrer une extension du marché, et ainsi de suite. On peut même penser à un autre effet, indirect, mais tout à fait réel : si les ménages font désormais leur courrier sur ordinateur et l'imprime grâce à l'imprimante parce qu'ils ont pu s'équiper du fait de la formidable baisse des prix, la demande de papier se transforme : on vend moins de blocs de papier à lettre petit format et plus de paquets de 500 feuilles pour imprimante et l'industrie papetière doit reconvertir sa production ! Il y aura forcément des effets sur l'emploi dans toutes ces transformations. La baisse de prix induite par les gains de productivité contribue donc à l'accroissement de la taille des marchés, en même temps qu'à la transformation de la demande . Ce faisant, elle a donc un effet positif sur le volume de l'emploi (il faut embaucher pour répondre à la demande supplémentaire).
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Si les gains de productivité sont utilisés à augmenter les salaires.
Dans ce cas, le pouvoir d'achat des salaires augmente, pour les salariés qui travaillent dans l'entreprise réalisant les gains de productivité. Ces salariés peuvent donc augmenter leur demande et on retrouve l'extension des marchés dont on a parlé plus haut, avec ses effets positifs sur l'emploi. Les effets de la hausse de la demande seront plus localisés et globalement probablement moins importants que ceux résultant de la baisse des prix. -
Si les gains de productivité sont utilisés à augmenter les profits.
Dans ce cas, les capacités de financement de l'investissement vont sans doute s'accroître, ce qui aura un double effet : d'une part, les investissements seront moins coûteux, donc les coûts de production baisseront un peu, ce qui peut avoir des effets sur les prix (et on revient au premier point), d'autre part, si les investissements sont des achats de machines, par exemple, ils contribuent à l'extension des marchés quand ils augmentent, enfin et surtout, les investissements vont permettre la mise en Suvre de nouvelles innovations qui vont contribuer à augmenter la productivité. Le risque est que les capacités de production s'accroissent sans que la demande n'augmente suffisamment. L'augmentation des profits ne débouche donc pas automatiquement sur une extension des marchés , et les effets sur l'emploi risquent d'être limités. -
Si les gains de productivité sont utilisés entièrement à diminuer la durée du travail.
On parle ici d'une diminution de la durée du travail sans diminution des salaires. Il n'y a pas alors d'effet sur les prix ou le pouvoir d'achat. Ce qui s'améliore, c'est la qualité de vie des salariés. Les effets économiques, en particulier ceux sur l'emploi, risquent d'être limités. En effet, les salariés disposant de plus de temps libre, on pourrait penser qu'ils vont consommer davantage de certains services, liés par exemple au tourisme. Mais les salariés ne disposant pas de davantage de revenus, la hausse de la consommation est peu probable et, en tous cas, limitée. On peut même penser à des effets négatifs sur certains emplois : par exemple, si le temps de travail diminue, les jeunes enfants peuvent être confiés moins longtemps à leurs nounous, ce qui diminue l'emploi de celles-ci. Globalement, il est donc probable que la diminution de la durée du travail issue des gains de productivité n'a pas d'effet direct sur l'emploi. Evidemment, si l'on diminue sensiblement le temps de travail sans que la productivité n'augmente, il faudra bien augmenter l'emploi si l'on veut continuer à fabriquer les mêmes quantités. Notons qu'entre 1950 et 1980, en France, la durée du travail a considérablement diminué (pas seulement sur la semaine, mais surtout sur la vie) sans empêcher la forte hausse des salaires réels : cela s'explique par les très forts gains de productivité réalisés sur cette période qui ont permis à la fois d'augmenter les salaires et de diminuer le temps de travail.
Ces raisonnements sont évidemment théoriques. Dans la réalité, les choses ne sont jamais si simples. Mais ils montrent clairement que le progrès technique, en lui-même, n'est pas destructeur, globalement, d'emplois : même s'il en détruit certains, c'est pour en créer d'autres (et davantage) ailleurs. L'élément essentiel est l'extension des marchés qui repose sur l'augmentation de la demande : le progrès technique crée des emplois dans la mesure où il permet d'accroître les quantités produites et vendues . Et on a vu que toutes les utilisations des gains de productivité ne sont pas équivalentes du point de vue des effets sur l'emploi. Concrètement, dans un pays donné, à un moment donné, les effets du progrès technique sur l'emploi vont dépendre de la façon dont les gains de productivité sont utilisés et du poids respectif de chacun de ces usages. Mais ces effets dépendent aussi des conditions qui règnent sur les marchés, marché des biens et services et marché du travail. Au total, du chômage peut donc apparaître .
Liste d'activités
!--sphider_noindex-->n°189 : Gains de productivité, croissance et emploi.
n°165 : Effets du progrès technique sur l'emploi.
n°162 : Effets des gains de productivité sur le volume de l'emploi
n°243 : Variation de l'emploi, de la demande et de la productivité (exercice de calcul).
n°1164 : Effet des innovations de procédé sur le volume de l'emploi
2.1.2 - Les conditions de mise en oeuvre du progrès technique peuvent expliquer l'apparition du chômage. 0[0]
Nous avons vu plus haut que le progrès technique, s'il détruit des emplois, peut aussi bien en créer, et que ce processus de création-destruction se traduisait par une transformation de la composition de l'emploi, c'est-à -dire du type d'emplois offerts. Il n'y a donc pas de raison a priori pour le progrès technique soit globalement une cause de chômage (même s'il en supprime souvent localement). Cependant, nous savons bien qu' il y a du chômage et nombreux sont ceux qui l'attribuent, au moins pour partie, au progrès technique. Peut-être que, parfois, les mécanismes de création et de transformation de l'emploi fonctionnent mal. Dans quel cas cela peut-il se produire ?
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D'abord, l'absence de concurrence (ou une concurrence imparfaite) peut empêcher la baisse des prix, et donc limiter les gains de pouvoir d'achat.
Si une entreprise est en situation de monopole (ou si plusieurs entreprises forment un oligopole), elle a le pouvoir de fixer les prix comme elle l'entend, et donc peut ne pas répercuter les gains de productivité sur les prix pour accroître ses bénéfices. Dans ce cas, la demande ne sera pas stimulée et il risque de ne pas y avoir de croissance pour compenser les effets négatifs du progrès technique. Ce cas est important parce que souvent, l'entreprise qui innove se trouve de ce fait en situation de monopole : elle est la seule à maîtriser le nouveau procédé ou à proposé le nouveau produit. C'est alors à l'Etat d'intervenir par des lois favorisant une certaine concurrence pour éviter les abus. -
Ensuite, les gains de pouvoir d'achat peuvent ne pas se traduire par une augmentation de la demande.
Les gains de productivité peuvent être utilisés pour augmenter les salaires ou les profits, ce qui permet de relancer la consommation ou l'investissement. Cependant, on a vu au chapitre précédent que la hausse de la rentabilité n'était pas une condition suffisante pour faire redémarrer l'investissement : il faut encore qu'existe un surcroît de demande et que les taux d'intérêt ne soient pas trop élevés. La politique économique peut ici s'avérer cruciale en créant de la monnaie ou en soutenant la demande par le déficit public. De même, l'augmentation des salaires ne se traduit pas toujours par une hausse de la consommation : les salariés peuvent épargner leur surplus de pouvoir d'achat, notamment si leurs besoins sont saturés ou s'ils craignent pour l'avenir. D'où l'importance des innovations de produits qui suscitent de nouveaux besoins et de la politique économique qui peut stimuler la demande. -
Enfin, les emplois créés peuvent ne pas correspondre aux qualifications des travailleurs.
Par exemple, si le progrès technique a pour résultat que les presse-purée manuels sont remplacés par des presse-purée électriques (ou par de la purée en flocons !), les travailleurs des entreprises qui les fabriquaient seront licenciés et les entreprises fermées. Ces travailleurs pourraient trouver un emploi dans les entreprises qui embauchent, mais souvent ils n'ont pas la qualification nécessaire (le progrès technique crée aussi de nouveaux métiers !) et n'habitent pas là où les emplois sont créés. Il y a donc, au moins momentanément, un chômage en hausse. On parle dans ce cas volontiers de "chômage technologique", et c'est ce type de chômage qui explique l'insistance des gouvernements sur le rôle de la formation dans la lutte contre le chômage.
On le voit, le chômage dépend moins du progrès technique lui-même que de ses conditions d'applications. Et celles-ci appellent souvent des politiques économiques et sociales appropriées. Le chômage n'est donc pas une fatalité.
A savoir avant de commencer
!--sphider_noindex-->n°4 : La difficulté de définir et de mesurer le chômage.
n°7 : La mesure de l'emploi et l'analyse des résultats
Liste d'activités
!--sphider_noindex-->n°232 : Structure de la population totale
n°213 : Les différentes façons de comptabiliser les chômeurs
n°226 : Mesure et interprétation du taux de chômage français (1990/2002)
n°1160 : Quiz CH2 §21
n°1161 : texte à trous CH2 §21
2.2 - Progrès technique, croissance et transformation des emplois 0[0]
Mais le progrès technique n'a pas que des effets sur le volume des emplois, il contribue aussi à transformer la nature des emplois : d'une part, on observe une mutation sectorielle de l'emploi, d'autre part, il modifie les qualifications requises des travailleurs.
2.2.1 - Le progrès technique, parce qu'il est inégal, déplace la main d'oeuvre des secteurs primaire et secondaire vers le secteur tertiaire. 0[0]
Le progrès technique ne se fait pas dans tous les secteurs au même rythme, autrement dit, les gains de productivité sont variables selon les secteurs de l'activité économique. De la même manière, la demande n'augmente pas aussi vite pour tous les biens et services. Cela a des conséquences directes sur la structure de l'emploi par secteur d'activité , conséquences que nous allons expliquer en comparant le rythme de croissance des gains de productivité avec celui de la demande dans chaque secteur.
Titre : Répartition de l'emploi par secteur d'activité en France (en % de la population active occupée)
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1949 |
1968 |
1990 |
1997 |
2001 |
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Secteur primaire |
30 |
16 |
6 |
4 |
4 |
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Secteur secondaire |
33 |
37 |
29 |
25 |
23 |
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Secteur tertiaire |
37 |
47 |
65 |
71 |
73 |
Source : Jean-Pierre DELAS,
Economie contemporaine, Ellipses, 2001 et T.E.F.2002-2003
pour l'année 2001.
-
Dans le secteur primaire, la demande augmente peu alors que les gains de productivité sont très forts, donc l'emploi se réduit.
La demande a une assez faible élasticité, que ce soit par rapport au revenu ou par rapport aux prix. Cela signifie que même si les prix des produits agricoles baissent ou si notre revenu augmente, nous ne consommons pas beaucoup plus de produits agricoles, et cela parce que nous mangeons en général à notre faim depuis longtemps et parce que les produits du secteur primaire sont de moins en moins utilisés dans l'industrie. Pourtant, dans l'agriculture, la productivité a augmenté très rapidement depuis le milieu du 20ème siècle. Le résultat logique, c'est que l'agriculture s'est retrouvée avec trop de bras, il a fallu que les agriculteurs, et encore plus les fils d'agriculteurs, quittent les campagnes. Le nombre d'emplois dans l'agriculture a chuté et sa part dans la population active n'atteint même pas 3% aujourd'hui en France. -
Dans l'industrie, la productivité a beaucoup augmenté, mais, jusqu'à la fin des années 60, la demande a elle aussi beaucoup augmenté.
De 1945 à 1975, c'était la période d'équipement des ménages en voiture, en électro-ménager, etc. Résultat : l'emploi dans le secteur secondaire a continué de se développer jusqu'à la fin des années 60.Depuis, la demande a progressé moins vite (on a surtout une demande de remplacement pour les produits " habituels ", avec une demande augmentant rapidement pour les produits nouveaux, comme cela a été le cas des magnétoscopes, par exemple) alors que la productivité a continué d'augmenter rapidement. La part du secteur secondaire dans l'emploi s'est alors mise à diminuer. Aujourd'hui, si l'on inclut le bâtiment dans le secteur secondaire, celui-ci représente environ le quart de la population active en France. -
Dans le tertiaire, c'est-à -dire les activités de services, les gains de productivité ont été faibles tandis que la demande s'est accrue fortement, donc l'emploi s'est développé.
- Pendant très longtemps la croissance de la productivité a été lente dans les services car il était difficile de mécaniser ou d'y automatiser la production. Par exemple, une fois inventée la machine à écrire (ce qui est déjà assez ancien), la secrétaire n'arrivait pas à augmenter beaucoup sa production de lettres ; s'il y avait plus de lettres à taper, il fallait forcément embaucher une autre secrétaire. Par contre, la demande de services est très élastique , c'est-à -dire qu'elle augmente rapidement quand les revenus augmentent ( lois d'Engel ). Les revenus ont augmenté rapidement dans les années 60 et 70, la consommation de services aussi et le tertiaire a massivement embauché puisque la productivité n'augmentait que doucement. A. Sauvy a parlé de " déversement " pour désigner ce phénomène de gonflement du tertiaire qui créait des emplois compensant ceux qui étaient supprimés ailleurs. Ainsi la santé, l'éducation, les loisirs ont massivement créé des emplois.
- Aujourd'hui, les choses sont moins simples. D'abord parce que le progrès technique concerne maintenant beaucoup plus les services, au moins certains, qu'avant. La productivité a donc beaucoup augmenté dans les services reposant sur la production d'informations et la communication, comme les banques ou les assurances, grâce à l'informatique. Les créations d'emplois dans ces branches se sont beaucoup ralenties , voire se sont arrêtées. D'autre part, depuis 20 ans, les revenus ont relativement peu augmenté et donc la demande de services, toujours en croissance, augmente moins qu'avant. Les services bien que créant globalement des emplois ne peuvent plus absorber tous les emplois supprimés ailleurs. Aujourd'hui, en France, le secteur tertiaire représente environ 70% de la population active.
Les transformations structurelles de l'emploi à long terme sont très importantes et directement liées au rythme différentiel que connaît le progrès technique dans les différents secteurs. Mais elles dépendent tout autant du rythme de progression de la demande, lui aussi très variable selon les branches. C'est donc en comparant les deux évolutions qu'on arrive à comprendre les transformations structurelles de l'emploi par secteur.
Soulignons que la structure des emplois par branche ou par secteur n'est pas le résultat de la volonté des uns ou des autres : ce n'est pas parce que le métier d'agriculteur est trop dur que plus personne ne veut être agriculteur, mais parce que pour produire une quantité en croissance assez lente, il y a moins besoin de personnes du fait de la forte hausse de la productivité agricole. Ce n'est pas parce que les femmes ont envie de travailler dans les services que les emplois dans les services se développent. C'est parce que la demande de services augmente rapidement alors que la productivité augmente nettement moins vite. Comme les emplois dans les services sont plus nombreux justement au moment où des femmes bien plus nombreuses souhaitent exercer une activité professionnelle rémunérée, les femmes vont massivement travailler dans les services. Il faut veiller à ne pas renverser les causalités !
Liste d'activités
!--sphider_noindex-->n°230 : Structure de la PAO par secteur d'activité en 2002.
n°178 : Evolution de la répartition des emplois par secteur d'activité
n°181 : Evolution de la structure de la consommation des ménages
n°170 : Elasticité-prix, élasticité-revenu
n°185 : Gains de productivité et structure des emplois
n°176 : Evolution de l'emploi par secteur d'activité.
2.2.2 - Le progrès technique, à long terme, se traduit par le développement du travail qualifié et la mécanisation du travail non qualifié. 0[0]
La question est ici de savoir si le progrès technique contribue à une déqualification de la main d'Suvre ou pas . Certains le soutiennent et cela mérite examen.
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La substitution du capital au travail a en général pour effet de supprimer des emplois non qualifiés.
Ainsi, les salariés agricoles ont-ils quasiment disparu de la structure socio-professionnelle de la France. De même, la C.S.P. des ouvriers non qualifiés a vu son nombre diminuer fortement depuis le milieu des années 1970. Dans ce cas, la machine remplace l'homme et si les effets sociaux liés au chômage posent de réels problèmes individuels, on n'a parfois pas à regretter les emplois supprimés : quand les robots remplacent les hommes dans la peinture des carrosseries des voitures, c'est beaucoup de maladies graves évitées. Cependant, on peut observer que globalement, le nombre d'emplois pas ou peu qualifiés n'a pas diminué en France depuis 1960 : si l'on ajoute les effectifs des employés à ceux des ouvriers, on a une part remarquablement stable dans la population active (un peu moins de 60% de la population active). On a donc plutôt qu'une diminution du nombre des emplois non qualifiés un transfert vers les services , et donc vers la catégorie des employés. -
On observe parallèlement un développement des catégories socio-professionnelles qualifiées (professions intermédiaires et cadres et professions intellectuelles supérieures), en nombre et en part dans la population active.
Comment peut-on avoir à la fois une quasi stabilité de la part des C.S.P. peu qualifiées et une hausse de la part des C.S.P. qualifiées dans un total qui, évidemment, fait toujours 100% ? Cela s'explique par le fait qu'il s'agit dans les deux cas de C.S.P. salariées. Or il existe aussi des C.S.P. non salariées (agriculteurs exploitants et commerçants, artisans, chefs d'entreprise) dont la part dans les effectifs a, elle, fortement diminué depuis 50 ans. L'accroissement de la part des C.S.P. qualifiées dans la population active accompagne le développement du progrès technique en rendant possible sa mise en Suvre .
Il est donc difficile de soutenir que le progrès technique déqualifie le travail puisque la part des emplois qualifiés a augmenté dans la population active. Mais on ne peut pas dire non plus qu'il le qualifie : la proportion d'emplois non qualifiés reste stable, même si on en trouve davantage aujourd'hui dans le tertiaire que dans le secondaire. Nous n'avons pas non plus parlé du coût humain qu'impliquent parfois ces transformations : il n'est pas facile à un individu de changer de secteur d'activité et/ou de qualification quand son emploi est touché par le progrès technique. Nous y reviendrons dans la suite du programme.
Liste d'activités
!--sphider_noindex-->n°211 : Le niveau de qualification de la population active en France
n°199 : l'évolution de la structure socio - professionnelle
n°168 : Effets du progrès technique sur les qualifications.
2.3 - La flexibilité du travail. 0[0]
Nous venons de voir que le progrès technique oblige les travailleurs à changer d'entreprise, de secteur d'activité, de niveau de qualification, et même de métier. Pareillement, les entreprises, en fonction des gains de productivité et des variations de la demande, voient leurs besoins en main d'Suvre changer. Ainsi, la nature et le volume du travail offert par les entreprises a besoin de s'adapter au contexte. La capacité de l'entreprise à adapter sa main d'Suvre à ses besoins, c'est ce qu'on appelle la flexibilité du travail . Cette notion est aujourd'hui très importante parce que les entreprises, évoluant dans un monde de plus en plus changeant, réclament de plus en plus de flexibilité.
Pour bien la comprendre, il faut d'abord en repérer les différentes formes, et ensuite analyser ses effets positifs et négatifs.
A savoir avant de commencer
!--sphider_noindex-->n°5 : Les nouvelles formes d'emploi salarié.
2.3.1 - La flexibilité du travail peut prendre des formes multiples, mais qui visent toujours à adapter le travail aux besoins des entreprises. 0[0]
Les entreprises vont chercher à organiser le travail de manière à pouvoir répondre aux exigences de la croissance économique. Pour cela, elles peuvent d'abord faire varier la quantité de travail qu'elles utilisent en fonction de leurs besoins, c'est ce qu'on appelle la flexibilité quantitative , tandis que la flexibilité qualitative consiste à faire varier les tâches accomplies par les travailleurs. Cette flexibilité peut être obtenue en recourant à des services extérieurs à l'entreprise (marché du travail ou sous-traitance), on parle alors de flexibilité externe . La flexibilité interne , elle, est obtenue par un assouplissement des règles de l'organisation du travail dans l'entreprise.
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On parle de flexibilité quantitative externe quand l'entreprise fait varier le volume de sa main d'oeuvre en recourant au marché du travail. A court terme, face à une variation de son activité, par exemple une chocolaterie avant Noël, une entreprise peut embaucher en Contrat à Durée Déterminée (CDD) ou recourir à des intérimaires. Ainsi, quand l'activité reviendra à son niveau normal, l'entre prise n'aura pas à licencier, puisque ces embauches auront été prévues pour la durée de la suractivité. CDD et intérim permettent donc à l'entreprise de faire varier le nombre de ses salariés en fonction de ses besoins, mais sans avoir à supporter le coût et les tracas administratifs liés à des licenciements. Pour améliorer la flexibilité quantitative externe, on peut également assouplir les règles de licenciement, en le rendant moins coûteux, en raccourcissant les procédures et en diminuant les possibilités de contestation. Ce type d'assouplissements est régulièrement réclamé par le patronat français.
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La flexibilité quantitative interne consiste à faire varier le temps de travail au cours de l'année. Cette flexibilité peut être obtenue par le recours aux heures supplémentaires, mais cela coûte cher à l'entreprise parce qu'elle doit payer ces heures plus cher que les autres. L'autre possibilité est l'annualisation du temps de travail, qui n'est plus définit sur la semaine (35 h) mais sur l'année (1600 h). En fonction des commandes ou de la charge de travail prévisible pour la semaine à venir, les travailleurs auront à accomplir une durée du travail différente. Selon les entreprises, cette durée peut varier entre 0 heure et 48, voire 52 heures. Il peut alors y avoir une très grande flexiblité du temps de travail pour les salariés. Une autre possibilité, en particulier dans les services en contact avec la clientèle, est d'embaucher à temps partiel, et de recourir aux heures complémentaires juste pour les moments où il y a plus de clients.
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La flexibilité qualitative interne consiste à faire accomplir successivement plusieurs tâches différentes par le même salarié, en fonction des besoins. C'est ce qu'on appelle aussi la polyvalence des travailleurs. Un exemple typique est donné par le chef de rayon d'un supermarché qui peut être amené à tenir une caisse en cas d'affluence de client, ou par le gérant d'un hôtel qui passe de l'accueil des clients, à la comptabilité, voire au service des repas. On note au passage que cette polyvalence remet en cause, dans une certaine mesure, la division horizontale du travail !
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L' externalisation , consiste à faire exécuter certaines tâches annexes de la production par des entreprises extérieures. L'entreprise se concentre sur les tâches essentielles à sa production, celle qui réclament un savoir-faire particulier, et délègue le reste à des prestataires de services . Prenons un exemple. La RATP, entreprise des transports collectifs parisiens, a depuis longtemps externalisé le nettoyage du métro parisien : auparavant, les agents de nettoyage étaient embauchés par la RATP, bénéficiaient donc du statut RATP en particulier pour les salaires et les horaires de travail. Depuis l'externalisation, ce sont des entreprises de nettoyage privées qui assurent le ménage du métro. Les agents de nettoyage ont donc changé de statut en même temps que d'employeur. Ils appartiennent à des entreprises beaucoup plus petites, en concurrence (le nettoyage est assuré par des sociétés différentes selon la station de métro). On voit bien l'intérêt que la RATP retire de cette externalisation : elle a moins d'employés à gérer, elle se contente de passer un contrat commercial avec les entreprises de nettoyage et celui-ci est plus facile à rompre qu'un contrat de travail ! Ce sont ces entreprises qui se débrouillent pour fixer les conditions de travail et de rémunération de leur personnel. En cas de mécontentement, le personnel s'adressera à elles et non plus à la RATP. Ce raisonnement, qui débouche sur l'externalisation, peut être fait à propos de nombreuses activités dans l'entreprise. Ainsi les tâches de formation ou de recherche, celles de gardiennage ou de nettoyage, le calcul des paies, peuvent être externalisées.
Flexibilité quantitative externe et interne, flexibilité qualitative, externalisation sont donc les quatre grands types de flexibilité auxquelles peuvent avoir recours les entreprises aujourd'hui. Nous avons à chaque fois présenté les modalités les plus fréquemment utilisées, mais il peut y en avoir d'autres.
Liste d'activités
!--sphider_noindex-->n°215 : les formes de flexibilité de l'emploi
2.3.2 - La flexibilité peut renforcer la croissance parce qu'elle peut accroître la productivité du travail et rendre possible l'innovation. 2[0]
En quoi la flexibilité du travail est-elle avantageuse pour les entreprises ? Et au-delà , pourquoi est-elle souvent présentée comme un facteur déterminant de la croissance économique ? Nous allons présenter quelques éléments de réponses.
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Les différentes formes de flexibilité permettent d'accroître la productivité du travail . Dans chaque cas, on l'a vu, la flexibilité permet à l'entreprise de n'avoir que la quantité et le type de travail dont elle a besoin dans l'instant, et donc lui évite de payer des travailleurs à ne rien faire. Par exemple, une entreprise qui connaît des fluctuations d'activité au cours de l'année, si elle ne recourt pas à une forme de flexibilité, sera obligée de conserver un surplus de main d'oeuvre pour faire face aux "pointes" d'activité. Mais le reste du temps, ces travailleurs seront sous-employés. De même, la polyvalence permet de faire passer un travailleur d'une tâche à l'autre quand il n'a plus rien à faire.
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Plus généralement, la flexibilité permet une meilleure affectation des ressources de l'économie . La flexibilité permet une circulation plus fluide des travailleurs des entreprises ou des secteurs qui stagnent vers les entreprises et les secteurs qui se développent. Si les travailleurs restaient rivés à leur poste d'origine, les difficultés des entreprises confrontées à un ralentissement de leur activité seraient accrues, tandis que celles qui se développent et embauchent pourraient ne pas trouver la main d'Suvre qui leur fait défaut. Cette fluidité peut être très importante pour faire face et favoriser l'innovation : rappelez-vous que le progrès technique fait sans cesse apparaître et disparaître des activités, ce qui suppose un redéploiement permanent des ressources productives, capital, bien sûr, mais aussi travail.
L'intérêt de la flexibilité est donc fondamentalement de donner les moyens d'une réorganisation continue de l'économie en fonction des évolutions. Une économie totalement rigide serait une économie qui n'évolue pas, qui ne connaît pas le progrès technique ni les changements sociaux. Ce n'est bien sûr pas envisageable, mais la vraie question est celle du degré de flexibilité qu'il est souhaitable d'avoir dans une société. C'est pourquoi il faut maintenant s'intéresser aux effets pervers de la flexibilité.
2.3.3 - Mais la flexibilité peut aussi avoir des effets néfastes pour les salariés et même, dans certains cas, faire obstacle à la croissance. 0[0]
La flexibilité du travail est aussi vigoureusement combattue par certains, notamment les syndicats de salariés. Ceux-ci reproche à la flexibilité de plus servir les intérêts des seules entreprises que de favoriser la croissance. Bien plus, la flexibilité, estiment certains économistes, peut aussi avoir des conséquences nuisibles sur la croissance économique. C'est ce que nous appelons les "effets pervers" de la flexibilité et que nous allons présenter maintenant.
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La flexibilité peut être utilisée par les entreprises pour contourner le droit du travail et les conventions collectives. Par exemple, les CDD et l'intérim sont aussi utilisés non pas pour adapter la quantité de travail aux besoins, mais pour réduire les protections accordées aux travailleurs : dans ces cas-là , l'entreprise a toujours la possibilité de se débarrasser du salarié quand son contrat arrive à terme. On imagine aisément la pression que cela permet d'exercer sur le salarié. Récemment, une grande entreprise automobile française a été condamnée par la justice pour avoir recours au CDD de façon permanente : ce n'était donc pas un moyen de s'adapter à la demande, mais bien un mode de gestion de la main d'oeuvre .
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La flexibilité peut aussi avoir des effets négatifs sur la productivité des travailleurs dans l'entreprise. Quand le travail devient précaire, quand les salariés sentent que l'entreprise peut se débarrasser d'eux à tout moment, ils ne sont pas incités à s'investir dans leur travail et leur efficacité peut baisser. De même, si la flexibilité permet d'augmenter la productivité des travailleurs, cette intensification du travail a aussi des limites : l'accumulation de fatigue et de stress peut conduire à des arrêts maladie ou des accidents du travail. Enfin, quand les salariés ne restent pas dans l'entreprise, il n'ont pas le temps de développer et d'acquérir des savoir faire . C'est donc la performance globale des travailleurs qui peut s'en ressentir.
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La précarisation du travail peut avoir des effets néfastes sur la croissance économique . La flexibilité du travail, quand elle se traduit par une précarité pour les travailleurs, peut affecter leur propension à consommer et à investir. En effet, sans travail stable, on est incité à épargner pour le cas où l'on perdrait son emploi. De même, sans emploi à durée indéterminée, il est très difficile d'obtenir un prêt auprès d'une banque pour acheter un logement ou faire construire une maison. En pesant sur la consommation et l'investissement des ménages, la flexibilité peut donc ralentir la croissance économique.
On le voit, la flexibilité du travail présente aussi des inconvénients majeurs, qui peuvent même annuler ses effets positifs. Le problème est donc de réguler l'usage de la flexibilité par les entreprises pour en limiter les effets pervers.
Au total, la flexibilité du travail est-elle une bonne ou une mauvaise chose pour l'économie ? On voit bien qu'il n'est pas possible de répondre de façon simple à une telle question. La flexibilité est avantageuse pour certains et coûteuse pour d'autres. Elle est sans doute nécessaire au bon fonctionnement d'une économie, mais il faut trouver des compensations et des modalités d'application qui la rendent acceptable aux yeux des salariés.