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L'idée d'Union Européenne est ancienne, et avait souvent été invoquée comme remède aux sempiternelles guerres qui ravageaient le continent. Elle s'est imposée avec plus d'évidence après 1945, quand l'Europe dévastée s'est retrouvée sous la domination des deux super-puissances issues de la seconde guerre mondiale.
Mais la construction ex nihilo d'une fédération européenne s'est vite révélée trop difficile dans une Europe encore politiquement divisée et travaillée par les méfiances entre nations, surtout après l'échec de la Communauté Européenne de Défense (1954). Les partisans de l'unification européenne ont donc pris le parti d'une construction progressive et originale : initier des coopérations entre les Etats, tout particulièrement au niveau économique où elles sont mutuellement profitables, pour développer la solidarité et rendre nécessaire la création d'institutions européennes, lesquelles constitueraient la base d'une future fédération européenne.
C'est ce processus que nous allons étudier maintenant, en examinant d'abord les différentes étapes de l'intégration économique européenne, avec ses justifications économiques, pour ensuite étudier comment cette intégration suscite la création d'institutions communautaires. Pour finir, nous essaierons de comprendre pourquoi l'étape finale de ce processus – la création d'une Europe politique – est à la fois plus nécessaire que jamais et toujours aussi difficile à concrétiser.
La coopération entre états européens a parfois pris la forme de projets industriels (on pense notamment à Airbus ou Arianespace), mais l'intégration économique s'est surtout faite par la libéralisation des échanges économiques entre les nations d'Europe – c'est-à-dire par l'instauration progressive d'un libre échange presque total. Voyons d'abord les étapes de cette libéralisation et les avantages que l'on en attendait.
Le premier pas de l'intégration économique fut la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA) : La RFA, la France, l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg supprimaient toutes barrières douanières et toutes formes de protections dans les secteurs du charbon et de l'acier – secteurs symboliques s'il en était puisqu'à l'époque ces deux matériaux constituaient le "nerf de la guerre". Mais très vite, l'intégration européenne a gagné en profondeur et en envergure.
La Communauté Economique Européenne. Le traité de Rome de 1957 instaure une union douanière : suppression des barrières tarifaires entre les pays signataires et instauration d'un tarif extérieur commun. Une entité internationale – la Communauté Economique Européenne (CEE) – est créée avec des institutions (Commission, Conseil et Parlement européens) afin de piloter cette union. Elle reçoit en plus une compétence exclusive sur les politiques agricoles, des transports et sur la politique commerciale extérieure, qui seront donc désormais des politiques européennes et non plus nationales. La CEE passe de 6 membres en 1957 à 12 en 1986, en intégrant le Royaume-Uni, le Danemark et l'Irlande (1973), la Grèce (1981, l'Espagne et le Portugal (1986).
L'Acte Unique et le Grand Marché. Adopté en 1986 par les pays membres de la CEE, l'Acte Unique est en fait l'ensemble des règlements qui permettent la réalisation du Grand Marché, c'est-à-dire l'abolition définitive de toutes formes de barrières entre les pays membres permettant une libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des hommes (les "4 libertés"). C'est en quelque sorte la base du droit européen qui va désormais s'imposer aux droits nationaux. Ce traité élargit aussi les compétences de la CEE à trois autres domaines : Recherche et développement, Environnement et Politique étrangère commune.
L'Union économique et Monétaire. Signé en février 1992, ce traité fonde l'Union Européenne et lance l'ambitieux projet d'Union Economique et Monétaire : en 1999, les pays signataires adoptent une seule et même monnaie, l'euro, qui entre en circulation en 2002. Les banques centrales des pays sont fusionnées en une seule banque centrale indépendante : la Banque centrale Européenne. Après 1992, l'Union Européenne s'élargit encore à la Suède, l'Autriche et la Finlande (1995), à l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, la Hongrie, Malte et Chypre (2004), à la Roumanie et à la Bulgarie enfin (2007). Cependant, tous les pays membres de l'UE n'adoptent pas l'euro : Royaume-Uni et Suède choisissent de rester en dehors, tandis que parmi les pays ayant adhéré en 2004 et 2007, seuls Chypre, Malte et la Slovénie ont intégré l'UEM.
La principale justification de cette libéralisation complète des échanges est, comme vous l'avez vu au chapitre 6, la stimulation de l'efficacité économique et de la croissance. Nous allons rappeler brièvement ces arguments.
La libéralisation des échanges améliore la productivité des facteurs de production. C'est la thèse de D.Ricardo qui vous avez découverte au chapitre précédent : le libre échange incite les économies nationales à se spécialiser en fonction de leur avantage comparatif, ce qui permet une hausse globale de la productivité des facteurs de production, donc un accroissement de la richesse produite.
L'accroissement de la taille des marchés et les économies d'échelle. C'est la deuxième grande justification du libre échange : la constitution d'un vaste marché par l'ouverture des frontières commerciales accroît les débouchés des entreprises, et l'accroissement de la production qui en résulte permet de réaliser des économies d'échelle. Le libre échange permet donc la baisse des coûts de production et donc des prix, ce qui stimule le pouvoir d'achat des agents économiques.
Les effets de la concurrence sur les prix et la compétitivité. Enfin, l'intensification de la compétition entre les entreprises liée à la libéralisation des échanges favorise encore la baisse des prix des biens et services. C'est pourquoi la Commission Européenne mène une politique particulièrement active pour tenter de faire respecter la concurrence sur le Grand Marché européen.