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en Sciences Economiques et Sociales
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Si depuis la révolution industrielle, l'essentiel des conflits étaient des conflits du travail, on voit apparaître, surtout depuis les années 70, de nouvelles formes et objets de conflits. Ces "nouveaux mouvements sociaux" se démarquent apparemment des mouvements traditionnels par leurs acteurs, les valeurs qu'ils véhiculent et les formes concrètes qu'ils prennent. Si on parle de "mouvements sociaux" plutôt que de "conflits", ce n'est pas que les désaccords sont moins grands ou les protestation moins violentes, mais pour signifier que ces mouvements ne sont plus forcément l'expression d'un groupe contre un autre groupe, mais parfois l'expression du groupe s'adressant à la société tout entière. La plupart du temps, l'objectif est de transformer les règles, les comportements et les valeurs de la société sur un aspect particulier.
Pour étudier ces nouvelles formes de conflictualité, nous verrons d'abord ce que sont les "Nouveaux Mouvements Sociaux", comment on peut les distinguer des conflits du travail classiques. Nous demanderons ensuite si l'émergence de ces mouvements sociaux fait disparaître les conflits du travail. Enfin, nous étudierons comment ces Nouveaux Mouvements Sociaux participent à la transformation de la société.
La première étape est de comprendre en quoi il y a eu transformation des conflits sociaux. Puis, nous évoquerons deux exemples assez emblématiques de ces "Nouveaux Mouvements Sociaux".
Les NMS vont mettre en scène de nouveaux acteurs, porter sur de nouveaux enjeux, et utiliser de nouvelles formes d'action et de revendication.
Les NMS mettent en scène de nouveaux acteurs : les “ travailleurs ” ne sont plus les seuls à manifester leur mécontentement. On voit aujourd'hui, les étudiants, les chômeurs, les opposants à l'installation d'une décharge nucléaire, les femmes, les Corses ou les homosexuels, par exemple, manifester leur mécontentement. Autrement dit, des acteurs, qui peuvent être par ailleurs des travailleurs, ont fait irruption sur la scène des conflits au nom d'intérêts non exclusivement matériels, post-matérialistes comme le dit le sociologue américain Ronald Inglehart. Ces nouveaux acteurs se réunissent sur la base d'un rejet commun d'une situation qu'ils jugent préjudiciable soit à leurs propres intérêts, soit aux intérêts des générations futures (cas des écologistes, par exemple).
Les NMS portent sur de nouveaux objets de conflits, qui révèlent des valeurs nouvelles. Ces nouveaux mouvements sociaux vont avoir pour objet, par exemple, la défense de l'environnement, la réalisation de l'égalité entre hommes et femmes, la défense des consommateurs. Derrière ces objets, apparaissent des valeurs altruistes : c'est au nom d'une certaine idée de l'intérêt collectif, en particulier à long terme, que les militants se mobilisent, mais c'est aussi au nom de la défense des minorités (les noirs, les homosexuels, …) ou de la défense des droits (mouvements des sans papier, des sans logement, des sans …). Les plus grandes manifestations de ces dernières années ont concerné la défense de l'école privée (en 1985), au nom des valeurs religieuses, et la défense du service public (en 1995). Par l'affirmation de ces valeurs nouvelles, le groupe cherche parfois à obtenir la reconnaissance d'une identité particulière (pensez aux revendications régionalistes, par exemple).
Les NMS utilisent des formes d'action nouvelles : dans ces nouveaux conflits, la grève traditionnelle n'est pas toujours possible. L'expression prendra donc des formes différentes : boycott de certains produits, marches de protestation, barrages routiers, occupations de locaux, destructions matérielles, grèves de la faim, sit-in, pétitions, etc… Le registre est varié, mais vise souvent à occuper l'espace public de manière à être visible et en particulier d'être médiatisé. Ces actions sont destinées à faire pression sur les autorités politiques, seules habilitées à transformer les règles, et à prendre à témoin le plus de citoyens possible. On peut aussi dire que la plupart de ces nouveaux mouvements sociaux sont marqués par une méfiance vis-à -vis des organisations traditionnelles (syndicats, partis politiques, par exemple) et de leurs méthodes, souvent dénoncées comme centralisatrices et sclérosantes pour la spontanéité et l'initiative individuelles.
Le féminisme est un mouvement social extrêmement important dans nos sociétés parce que la transformation du statut des femmes a profondément changé la société, et continue de le faire. L'égalité entre hommes et femmes, même si elle est encore incomplète, est un changement social majeur à l'échelle de l'histoire des sociétés humaines.
L'histoire du mouvement. Il n'est pas récent et se retrouve dans tous les pays développés. à l'origine, dès le 19ème siècle dans certains pays, la revendication est essentiellement politique : il s'agit d'obtenir le droit de participer aux élections, d'être considérées comme des êtres majeurs dans tous les sens du terme (juridique, en particulier). Mais la revendication ne porte pas sur la façon dont la société a réglé le partage des tâches et du pouvoir entre les sexes, à l'intérieur des familles en particulier. Dans les années 1960, les revendications féministes vont changer complètement de nature. Elles vont porter sur le droit à disposer de son corps (liberté de contraception et d'avortement), sur la domination au travail et dans la famille (partage des tâches), sur l'égalité des droits dans tous les domaines.
L'émergence de nouvelles solidarités et donc de nouveaux groupes sociaux. Ce mouvement génère de nouvelles solidarités : alors que toutes les femmes sont loin d'adhérer à des groupes féministes, les revendications féministes développent chez de très nombreuses femmes le sentiment d'appartenance à un groupe dominé, qui doit se défendre,. L'identité féminine est affirmée en tant que telle, et les conflits, quels qu'ils soient, vont de plus en plus souvent être traversés par les revendications féministes.
La création de nouvelles règles sociales. Petit à petit, le mouvement féministe a généré de nouvelles règles, en particulier juridiques : la législation a été transformée dans de nombreux pays afin de garantir l'égalité des droits. La discrimination au travail a été interdite, des nouvelles règles ont été adoptées dans le domaine du droit de la famille (en particulier pour assurer l'égalité du père et de la mère vis-à -vis des enfants). On sait bien cependant que passer des nouvelles règles à une nouvelle réalité nécessite parfois beaucoup de temps. C'est bien le cas dans ce domaine : l'égalité affirmée sur le plan politique depuis 1946 en France n'a pas permis une meilleure représentation des femmes à l'Assemblée nationale. La loi sur la parité, qui impose une égalité de candidatures entre hommes et femmes, n'a pas sensiblement amélioré les choses puisque le nombre de femmes élues n'a augmenté que de 8 ! Ces nouvelles règles sont sous-tendues par une transformation des valeurs, même si elle est lente : la domination masculine n'est plus jugée comme “ naturelle ” dans notre société.