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en Sciences Economiques et Sociales
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La représentation la plus répandue du progrès technique, c'est la mécanisation du travail, le remplacement des hommes par les machines. On pense bien sûr aux chaînes de montages robotisées dans l'industrie automobile, ou encore aux guichets automatiques des banques. Mais nous avons vu dans le chapitre précédent que le progrès technique pouvait également agir sur la croissance économique, et donc faire varier les besoins en travail des entreprises. Plus généralement, le progrès technique transforme le travail , et ce sont ces transformations que nous étudierons d'abord.
Mais pour que ces transformations puissent se faire, il faut que les travailleurs, en fonction des besoins de l'économie, puissent facilement changer d'emploi, passer rapidement d'un poste à l'autre, d'une entreprise à l'autre, ou d'un secteur à l'autre. Cette capacité de l'économie à redéployer continûment sa force de travail, c'est ce que l'économiste appelle la flexibilité . Nous l'étudierons dans notre dernier paragraphe.
Comment le progrès technique et la croissance qu'il engendre agissent-ils sur le volume de l'emploi ? Nous allons d'abord montrer que fondamentalement, les gains de productivité que permet le progrès technique permettent de générer des emplois nouveaux. Pourtant, le chômage existe et nous nous demanderons ensuite si l'on peut établir des liens entre ce chômage que nous connaissons et le progrès technique.
Le progrès technique a pour objectif explicite d'économiser du travail dans la fabrication d'un bien ou d'un service. Autrement dit, pour fabriquer le même bien, on utilisera moins de travail qu'avant l'introduction du progrès technique. On voit donc très clairement que le progrès technique diminue la quantité de travail par unité fabriquée. Mais affirmer cela ne nous dit rien sur l'évolution de l'emploi qui résulte de l'introduction du progrès technique. En effet, cette évolution va dépendre d'une part de ce que fait l'entreprise qui innove des gains de productivité réalisés, d'autre part des effets induits par la décision de l'entreprise sur le reste de l'économie, effets que l'on peut qualifier d'effets de propagation.
Fondamentalement, les gains de productivité, parce qu'ils permettent d'économiser du travail par unité produite, sont créateurs de richesses et rendent possible la création de nouveaux emplois . En effet, en abaissant le coût de production, les gains de productivité permettent la baisse des prix et l'augmentation des salaires réels. On observe donc une extension des marchés et, pour répondre à l'augmentation de la demande, les entreprises seront amenées à créer des emplois et à augmenter leur stock de capital productif, ce qui permettra de réaliser de nouveaux gains de productivité. La boucle est alors bouclée et le processus peut se poursuivre.
En fonction de l'utilisation qui est faite des gains de productivité , l'extension des marchés obtenue grâce au progrès technique ne sera pas exactement la même et les effets sur l'emploi non plus :
Vous pouvez vous reporter au chapitre précédent pour revoir ces différents usages.
Si les gains de productivité sont utilisés à diminuer le prix de vente.
La baisse de prix va permettre aux consommateurs de bénéficier d'une augmentation de leur pouvoir d'achat . Ils vont pouvoir exercer leur liberté de choix : consommer davantage de ce produit dont le prix baisse (il faudra donc fabriquer davantage de ce produit), ne pas le faire et augmenter leur consommation d'autres biens et services (et alors, il faudra augmenter la production de ces biens et services), ne pas le faire et augmenter leur épargne (donc pas d'effet immédiat sur la production). Les choix qu'ils vont faire vont constituer des signaux pour les autres acteurs de l'économie. C'est bien le rôle des prix dans une économie de marché (revoyez le programme de Première !). La baisse de prix va aussi se diffuser dans les autres branches de l'économie dans la mesure où le produit dont le prix baisse grâce au progrès technique est utilisé par les autres entreprises pour leur propre production.
Prenons l'exemple des imprimantes pour l'informatique. Leur prix a considérablement diminué, en même temps que leur qualité technique s'est beaucoup améliorée. Quelles sont les conséquences de cette baisse des prix ? D'une part, les ménages, qui font des imprimantes un usage privé, dépensent moins pour l'achat de leur imprimante, ce qui est un élément de la décision d'achat, et on sait que la baisse des prix a considérablement dopé les ventes (et si on vend plus, on produit plus, donc il faut plus d'emplois si la hausse de la demande est plus rapide que celle de la productivité). D'autre part, les entreprises qui utilisent leur imprimante dans un but professionnel, intègrent son coût dans l'ensemble des coûts de production. La baisse du prix de l'imprimante va donc diminuer le coût de production, ce qui permettra une baisse en retour du prix de vente du produit fabriqué par l'entreprise. Cette baisse du prix va donc, elle aussi, engendrer une extension du marché, et ainsi de suite. On peut même penser à un autre effet, indirect, mais tout à fait réel : si les ménages font désormais leur courrier sur ordinateur et l'imprime grâce à l'imprimante parce qu'ils ont pu s'équiper du fait de la formidable baisse des prix, la demande de papier se transforme : on vend moins de blocs de papier à lettre petit format et plus de paquets de 500 feuilles pour imprimante et l'industrie papetière doit reconvertir sa production ! Il y aura forcément des effets sur l'emploi dans toutes ces transformations. La baisse de prix induite par les gains de productivité contribue donc à l'accroissement de la taille des marchés, en même temps qu'à la transformation de la demande . Ce faisant, elle a donc un effet positif sur le volume de l'emploi (il faut embaucher pour répondre à la demande supplémentaire).
Si les gains de productivité sont utilisés à augmenter les salaires.
Dans ce cas, le pouvoir d'achat des salaires augmente, pour les salariés qui travaillent dans l'entreprise réalisant les gains de productivité. Ces salariés peuvent donc augmenter leur demande et on retrouve l'extension des marchés dont on a parlé plus haut, avec ses effets positifs sur l'emploi. Les effets de la hausse de la demande seront plus localisés et globalement probablement moins importants que ceux résultant de la baisse des prix.
Si les gains de productivité sont utilisés à augmenter les profits.
Dans ce cas, les capacités de financement de l'investissement vont sans doute s'accroître, ce qui aura un double effet : d'une part, les investissements seront moins coûteux, donc les coûts de production baisseront un peu, ce qui peut avoir des effets sur les prix (et on revient au premier point), d'autre part, si les investissements sont des achats de machines, par exemple, ils contribuent à l'extension des marchés quand ils augmentent, enfin et surtout, les investissements vont permettre la mise en œuvre de nouvelles innovations qui vont contribuer à augmenter la productivité. Le risque est que les capacités de production s'accroissent sans que la demande n'augmente suffisamment. L'augmentation des profits ne débouche donc pas automatiquement sur une extension des marchés , et les effets sur l'emploi risquent d'être limités.
Si les gains de productivité sont utilisés entièrement à diminuer la durée du travail.
On parle ici d'une diminution de la durée du travail sans diminution des salaires. Il n'y a pas alors d'effet sur les prix ou le pouvoir d'achat. Ce qui s'améliore, c'est la qualité de vie des salariés. Les effets économiques, en particulier ceux sur l'emploi, risquent d'être limités. En effet, les salariés disposant de plus de temps libre, on pourrait penser qu'ils vont consommer davantage de certains services, liés par exemple au tourisme. Mais les salariés ne disposant pas de davantage de revenus, la hausse de la consommation est peu probable et, en tous cas, limitée. On peut même penser à des effets négatifs sur certains emplois : par exemple, si le temps de travail diminue, les jeunes enfants peuvent être confiés moins longtemps à leurs nounous, ce qui diminue l'emploi de celles-ci. Globalement, il est donc probable que la diminution de la durée du travail issue des gains de productivité n'a pas d'effet direct sur l'emploi. Evidemment, si l'on diminue sensiblement le temps de travail sans que la productivité n'augmente, il faudra bien augmenter l'emploi si l'on veut continuer à fabriquer les mêmes quantités. Notons qu'entre 1950 et 1980, en France, la durée du travail a considérablement diminué (pas seulement sur la semaine, mais surtout sur la vie) sans empêcher la forte hausse des salaires réels : cela s'explique par les très forts gains de productivité réalisés sur cette période qui ont permis à la fois d'augmenter les salaires et de diminuer le temps de travail.
Ces raisonnements sont évidemment théoriques. Dans la réalité, les choses ne sont jamais si simples. Mais ils montrent clairement que le progrès technique, en lui-même, n'est pas destructeur, globalement, d'emplois : même s'il en détruit certains, c'est pour en créer d'autres (et davantage) ailleurs. L'élément essentiel est l'extension des marchés qui repose sur l'augmentation de la demande : le progrès technique crée des emplois dans la mesure où il permet d'accroître les quantités produites et vendues . Et on a vu que toutes les utilisations des gains de productivité ne sont pas équivalentes du point de vue des effets sur l'emploi. Concrètement, dans un pays donné, à un moment donné, les effets du progrès technique sur l'emploi vont dépendre de la façon dont les gains de productivité sont utilisés et du poids respectif de chacun de ces usages. Mais ces effets dépendent aussi des conditions qui règnent sur les marchés, marché des biens et services et marché du travail. Au total, du chômage peut donc apparaître .
Nous avons vu plus haut que le progrès technique, s'il détruit des emplois, peut aussi bien en créer, et que ce processus de création-destruction se traduisait par une transformation de la composition de l'emploi, c'est-à -dire du type d'emplois offerts. Il n'y a donc pas de raison a priori pour le progrès technique soit globalement une cause de chômage (même s'il en supprime souvent localement). Cependant, nous savons bien qu' il y a du chômage et nombreux sont ceux qui l'attribuent, au moins pour partie, au progrès technique. Peut-être que, parfois, les mécanismes de création et de transformation de l'emploi fonctionnent mal. Dans quel cas cela peut-il se produire ?
D'abord, l'absence de concurrence (ou une concurrence imparfaite) peut empêcher la baisse des prix, et donc limiter les gains de pouvoir d'achat.
Si une entreprise est en situation de monopole (ou si plusieurs entreprises forment un oligopole), elle a le pouvoir de fixer les prix comme elle l'entend, et donc peut ne pas répercuter les gains de productivité sur les prix pour accroître ses bénéfices. Dans ce cas, la demande ne sera pas stimulée et il risque de ne pas y avoir de croissance pour compenser les effets négatifs du progrès technique. Ce cas est important parce que souvent, l'entreprise qui innove se trouve de ce fait en situation de monopole : elle est la seule à maîtriser le nouveau procédé ou à proposer le nouveau produit. C'est alors à l'État d'intervenir par des lois favorisant une certaine concurrence pour éviter les abus.
Ensuite, les gains de pouvoir d'achat peuvent ne pas se traduire par une augmentation de la demande.
Les gains de productivité peuvent être utilisés pour augmenter les salaires ou les profits, ce qui permet de relancer la consommation ou l'investissement. Cependant, on a vu au chapitre précédent que la hausse de la rentabilité n'était pas une condition suffisante pour faire redémarrer l'investissement : il faut encore qu'existe un surcroît de demande et que les taux d'intérêt ne soient pas trop élevés. La politique économique peut ici s'avérer cruciale en créant de la monnaie ou en soutenant la demande par le déficit public. De même, l'augmentation des salaires ne se traduit pas toujours par une hausse de la consommation : les salariés peuvent épargner leur surplus de pouvoir d'achat, notamment si leurs besoins sont saturés ou s'ils craignent pour l'avenir. D'où l'importance des innovations de produits qui suscitent de nouveaux besoins et de la politique économique qui peut stimuler la demande.
Enfin, les emplois créés peuvent ne pas correspondre aux qualifications des travailleurs.
Par exemple, si le progrès technique a pour résultat que les presse-purée manuels sont remplacés par des presse-purée électriques (ou par de la purée en flocons !), les travailleurs des entreprises qui les fabriquaient seront licenciés et les entreprises fermées. Ces travailleurs pourraient trouver un emploi dans les entreprises qui embauchent, mais souvent ils n'ont pas la qualification nécessaire (le progrès technique crée aussi de nouveaux métiers !) et n'habitent pas là où les emplois sont créés. Il y a donc, au moins momentanément, un chômage en hausse. On parle dans ce cas volontiers de "chômage technologique", et c'est ce type de chômage qui explique l'insistance des gouvernements sur le rôle de la formation dans la lutte contre le chômage.
On le voit, le chômage dépend moins du progrès technique lui-même que de ses conditions d'applications. Et celles-ci appellent souvent des politiques économiques et sociales appropriées. Le chômage n'est donc pas une fatalité.