Conclusion
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En conclusion de ce chapitre, il faut rappeler que les conflits, qu'ils soient du travail ou pas, sont un passage obligé pour le changement social, on l'a largement montré dans ce chapitre. Il serait donc complètement utopique de vouloir qu'il n'y en ait pas. On revient à ce que l'on disait dès l'introduction : les conflits ont un côté très positif. Mais on veut souligner ici que les conflits ne sont pas forcément révolutionnaires, ils peuvent être aussi conservateurs :
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Il y a des conflits conservateurs, c'est-à -dire qui visent à empêcher le changement de se produire. Les exemples ne sont pas difficiles à trouver, qu'ils soient historiques (exemple du mouvement des luddistes, c'est-à -dire des travailleurs qui s'opposaient au 19ème siècle à la mise en place de machines parce qu'elles prenaient, disaient-ils, la place des travailleurs) ou contemporains. Parmi ces conflits, il y en a que l'on peut qualifier de corporatistes quand ils visent à défendre les intérêts d'un petit groupe, une profession par exemple, contre l'intérêt de la majorité. La plupart du temps, les conflits naissent non pas du changement lui-même, mais de ses conséquences sur une partie des travailleurs. Refusant ces changements, ces travailleurs se mobilisent pour essayer de les empêcher.
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Il y a d'autres conflits qui visent à imposer des changements : si l'on pense à la grève générale qui s'est produite en France en mai 1968, on a un mouvement qui ne vise pas d'abord une amélioration des salaires. Ce que revendiquent essentiellement les travailleurs, c'est une “ autre vie ”, c'est-à -dire une diminution du temps de travail et une autre qualité de vie au travail (davantage de responsabilité, etc…). Le souhait était que la vie ne se résume pas au “ métro, boulot, dodo ” traditionnel. Même si le conflit de mai 1968 s'est résolu essentiellement dans des hausses de salaires, c'était l'amorce de changements très importants dans les revendications des salariés et dans l'organisation du travail à l'intérieur des entreprises.
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Enfin, il est parfois difficile de déterminer si un conflit précis est plutôt porteur de changements ou plutôt conservateur. Il peut apparaître simplement comme revendiquant une amélioration des salaires, par exemple. Mais ses conséquences à long terme peuvent être une transformation des conditions de travail pas forcément désirée par les travailleurs : ainsi, si la hausse des salaires impose un partage de la valeur ajoutée davantage en faveur des salariés, le patron va essayer de mettre en œuvre une transformation de l'organisation de la production qui va lui permettre d'économiser du travail et d'augmenter la productivité (production en flux tendus, par exemple). Autrement dit, les changements engendrés par les conflits ne sont pas forcément consciemment souhaités par les acteurs.
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De la même manière, la sphère du travail et la sphère “ hors travail ” si l'on peut dire, ne sont pas étanches. Ainsi un changement dans les entreprises, par exemple le passage aux 35 heures, pourrait générer des changements sociaux importants dans le partage des tâches entre hommes et femmes. Mais le changement social peut aussi générer des conflits à l'intérieur de l'entreprise. Par exemple, dans les années 50 et 60, la scolarisation s'est beaucoup développée en France. Les jeunes arrivant sur le marché du travail, même sans beaucoup de diplômes, avaient tous été scolarisés au moins huit ans et souvent plus. Leur compréhension de ce qui se passait dans l'entreprise, leurs connaissances générales, les ont amenés à refuser de plus en plus souvent le type de relations qui existaient souvent dans les ateliers alors (relations très hiérarchisées où l'ouvrier n'avait rien à dire). Cela a débouché sur de nombreux conflits mettant en cause en particulier l'encadrement le plus proche (les contremaîtres, par exemple, pour les ateliers), “ les petits chefs ”, comme on disait à l'époque. Il faut donc aussi que l'organisation du travail s'adapte au changement social. Cela prend souvent du temps et cela débouche sur des résistances, donc des conflits.
Finalement, on voit que les conflits et le changement social interagissent les uns sur les autres : au cours du temps, les conflits génèrent du changement social et le changement social transforme les conflits. Aujourd'hui, ni les conflits, ni la société ne ressemblent plus à ce qu'ils étaient au 19ème siècle. Cette transformation se poursuit évidemment. Mais la remise en cause de la centralité du travail, dont nous allons parler dans le prochain chapitre, modifie les conflits. De nouvelles formes et de nouveaux objets de conflits apparaissent, que ce soit dans le domaine du travail, que ce soit dans les autres domaines de la vie sociale. Ces conflits tissent donc la vie sociale alors même qu'ils opposent les membres de la société entre eux. C'est la question que nous allons aborder maintenant : comment, malgré ces conflits, et peut-être même grâce à eux, la solidarité se crèe entre les membres d'une société ?