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en Sciences Economiques et Sociales
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Il faut nuancer le diagnostic d'une disparition de la classe ouvrière, parce qu'il ne s'agit pas d'une disparition des ouvriers, mais de la perte de leur statut de classe sociale, c'est-à -dire de la capacité à transposer leur conflit à l'échelle de la société tout entière. De plus, les sources du conflit social, les inégalités, la faible mobilité sociale, perdurent toujours et même parfois s'aggravent.
Le poids numérique des ouvriers dans la population française reste important malgré leur relatif déclin. Le groupe social des ouvriers disparaîtrait, faute de combattants en quelque sorte ? Ce n'est pas si évident que cela. En effet, aujourd'hui, près d'un tiers des pères de famille sont ouvriers et 40% des enfants sont élevés dans un ménage où un des deux adultes au moins est ouvrier. Ce sont des proportions élevées qui montrent que la transmission de la culture ouvrière reste toujours possible, au moins en partie. D'autre part, il semble bien que la diminution des effectifs ouvriers soit stoppée depuis deux ou trois ans.
La faible mobilité sociale enferme encore la classe ouvrière sur elle-même et la coupe des classes supérieures. Louis Chauvel a montré à quel point depuis 20 ans, la mobilité sociale nette est faible : les chances de monter dans la hiérarchie sociale, si l'on enlève les effets des transformations de l'emploi, sont très faibles, et cela malgré la scolarisation allongée des enfants, ceux des ouvriers en particulier. Aujourd'hui, on observe de plus en plus fréquemment des enfants qui ont fait des études bien plus longues que celles de leurs parents et qui, pourtant, intègrent le marché du travail, d'une part bien plus difficilement, d'autre part à un niveau équivalent, voire moins élevé. Résultat de cette faible mobilité ascendante : l'écart social entre les groupes sociaux a recommencé à s'accroître. Et ce d'autant plus que, on l'a vu dans le chapitre précédent, l'accès à l'enseignement supérieur est encore très inégal selon l'origine sociale, au détriment des enfants d'ouvriers.
Enfin, les inégalités, y compris matérielles, demeurent importantes. On en a déjà parlé dans le chapitre précédent mais on peut en reparler ici sous l'angle des classes sociales. Certes les ouvriers ont accédé dans leur majorité à la consommation de masse, mais la distinction se porte sur de nouveaux biens et surtout sur les services : les taux de départ en vacances restent très inégaux (et il ne s'agit pas des mêmes vacances quand il y a départ), l'accès à Internet reste socialement très inégalement réparti, les cadres ont largement développé leurs consommation de services à domicile (femmes de ménage, garde d'enfants, …), l'habitat reste spatialement très différencié, etc.
Conclusion : les ouvriers constituent plus certainement un groupe social qu'une classe sociale au sens marxiste du terme.